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Le coût de la discrétion (1)

Discrétion - (CC) par Lon&Queta - FlickrVous pensiez avoir une qualité, la discrétion. Savez-vous qu’elle peut aussi vous limiter ? Le discret est remarquable par sa qualité d’absence. Homme sobre ou invisible, éminence grise en retrait des projecteurs, il se fait oublier dans son être comme dans ses actes. Il y gagne souvent de la paix et la possibilité d’agir sans interférences, mais il y perd par plusieurs aspects. D’où vient la discrétion, et quelles conséquences a-t-elle sur notre vie professionnelle ?

La discrétion est une attitude, une manière d’être. Le Trésor de la Langue Française nous dit que le discret c’est celui « qui se conduit avec réserve, retenue. » Et pourtant « à discrétion » veut dire comme on veut, autant qu’on veut !

De bon ton

Etre discret, ce n’est pas toujours être timide ni invisible : il y a le discret par timidité et le discret par goût de la sobriété.

La discrétion peut relever d’une attitude délibérée, en ligne avec des valeurs personnelles et les croyances associées. Par exemple, vous accordez beaucoup d’importance à l’harmonie, au respect de l’autre et à la modération ; vous croyez profondément que l’attitude juste est la réserve et la mesure en toute chose.

Vous êtes en cela proche du premier sens de « discrétion » : « La discrétion implique la faculté de discerner, le pouvoir de décider », de son étymologie latine discretio, -onis « division, séparation » d’où « action de discerner, raison, prudence » (source : Trésor de la Langue Française).

Dans ce cas votre discrétion semble en ligne avec ce que vous êtes profondément, elle est cohérente avec votre nature. Et peut-être exercez-vous un métier où vous épanouissez votre discrétion, comme directeur de cabinet, détective privé ou souffleur au théâtre. Un métier de l’ombre.

A l’inverse, imaginons une personne à la personnalité joyeuse et communicante, qui aurait été contrainte dans son évolution (famille, éducation…) à freiner ses élans, devenant peu à peu réservée en société. Sa croyance : pour être accepté(e) ou aimé(e) je dois être discret(e). Peut-être aussi, la discrétion sert-elle son besoin de tranquillité : n’étant pas exposé(e) elle a la paix.

« Elève sérieux mais discret » (bulletin scolaire)
« Pour vivre heureux vivons caché. » (proverbe)

Mais sa discrétion est-elle alors en ligne avec sa nature profonde ? La question se pose.

Ici, c’est le second sens de « discrétion » qui prédomine : « n’attire pas l’attention, ne se fait pas remarquer, est de bon ton », « passe inaperçu ».

Question : le bon ton est-il VOTRE ton ?

Vos couleurs

Pour illustrer cette question, voici deux images :

Désaturation - d'après photo (CC) CameliaTWU - Flickr

Celle de droite est une version désaturée (dans les couleurs) de la gauche. Elle vire au gris. (Oui, cela vous rappelle sans doute une publicité pour la lessive !)

Est-ce que vous vous désaturez ?

On rejoint là, presque, un autre sens de discrétion, celui de garder les secrets :

« Qualité consistant à garder les secrets. Discrétion professionnelle; demander une discrétion absolue. »

Ce secret serait, par exemples, les couleurs vives, couleurs vraies, de votre personnalité.

La discrétion en ce sens peut prendre différentes formes :

  • Ne jamais parler de soi, de sa vie privée
  • Taire son opinion, suivre celle de la majorité ou du leader
  • Donner son opinion mais en chuchotant à l’oreille du leader qui la reprendra
  • Savoir garder un secret, une information confidentielle : «je peux compter sur ta discrétion ? »
  • Parler par allusions plutôt que par affirmations directes
  • Faire sursauter ses collègues en entrant dans leur bureau : « je ne t’avais pas entendu arriver ! »
  • Lisser ses réactions, masquer toujours ses émotions (même si ce n’est pas l’apanage du discret !)
  • S’habiller en couleurs sobres, sans une touche de couleurs (même si ce n’est pas une preuve de discrétion)

Elle peut parfois être une attitude temporaire, tactique, dans un contexte donné : en période de réorganisation et de restructuration, certains cadres hauts en couleur deviennent parfois discrets (cela s’appelle « faire le mort ») pour ne pas être visés par les décisions – discrétion de la proie qui réduit son activité respiratoire, d’autres agissent avec discrétion pour réussir leur entreprise sans être interrompus – discrétion du prédateur dans les hautes herbes. Il est également des domaines professionnels où la discrétion est de mise : banque d’affaires, luxe, sécurité…

La discrétion est, au final, une stratégie d’adaptation à notre environnement, stratégie construite au cours de notre existence et qui mérite parfois d’être repensée notamment lorsqu’elle n’est pas en ligne avec notre identité profonde ou nos objectifs. Que m’apporte ma discrétion dans ma vie, dans mon travail, et de quoi me prive-t-elle ? C’est ce que nous verrons dans la suite de cet article : le coût de la discrétion.


4 comments

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  1. Carine

    Bonjour et bonne année

    cet article me rappelle un commentaire de mon 1er patron, qui m’expliquais que se contenter de faire les choses sans faire savoir qu’on les a fait peut faire croire à certains qu’on ne fait rien, ou peu.

    1. admin

      Bonjour Carine et meilleurs voeux à toi aussi !

      Très bon le commentaire de ton 1er patron. Le faire-savoir compterait autant que le savoir-faire, c’est ce que j’entends régulièrement en entreprise.
      J’évoque ce sujet dans la suite de l’article, qui sort demain.

      Et toi alors, as-tu constaté les bénéfices du faire-savoir ?

      1. Carine

        J’ai appris à brasser un peu d’air ;-) et à mettre un peu d’emballage autour des résultats. ça évite surtout que d’autres s’approprient les résultats de son propre travail, et ça permet de mieux faire passer les ratés.
        J’ai aussi appris qu’il vaut mieux avoir un bloc note pour aller d’un point A à un point B, ça donne l’impression de ne pas être un touriste mais quelqu’un d’occupé ! Les diktats de l’apparence …

        1. admin

          Merci pour le partage. Comme tu dis, les diktats de l’apparence. Tu as donc trouvé la sagesse, bloc sous le bras !

          Il y a aussi la technique de répondre des emails laconiques avec des fautes et un style qui montre à quel point on est débordé.

          Tout ceci sonne familier à mes oreilles tout en chatouillant certaines de mes valeurs : en plein dans ma zone d’ombre…

          Qui d’autre ne s’autorise PAS à brasser de l’air de temps en temps et à mettre un peu d’emballage autour de ses réalisations ?
          Racontez-nous !

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