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Ne nions pas que le déni nuit

Le déni - façon 3 singes - CC par Anderson Mancini / FlickrEntre nous, il y a les boutades, les mots plus hauts que l’autre, les piques et les colères, il y a les regards noirs et de travers, et mille autres façons de se déplaire. Et puis, il y a peut-être le pire : le silence feutré du déni. Nier l’existence ou la valeur d’une personne, n’est-ce pas une des plus grandes violences qui puisse lui être faite ?

Déni : Action de dénier, de refuser de reconnaître la vérité ou la valeur d’une chose.

Le déni d’une personne tout entière serait-il l’une des plus grandes violences psychologiques qui puisse lui être faite ?

Nous savons l’effet que peut nous faire le fait d’être oublié sur une liste d’invités, dans une distribution de cadeaux, dans un email de remerciements. Nous parlons souvent de “susceptibilités”, comme si être oublié n’était pas grand chose, au fond.

Mais que se passe-t-il quand, de l’oubli involontaire, on passe à un déni franc et massif?

Exemple :

En réunion commerciale, le directeur passe en revue les comptes de tous les commerciaux, qui peuvent commenter. Sauf un. Le directeur ne mentionne même pas Jean, qui est pourtant assis à la même table. Mais Jean n’a pas d’importance à ses yeux, alors pourquoi en parler ?

Dans cet exemple il y a déni de l’existence et de la présence de la personne. Comme si cette personne était invisible. Quel meilleur signe de non-reconnaissance lui donner ? Quelle est l’intention de ce comportement ?

Une autre forme de déni de présence consiste à parler d’une personne comme si elle n’était pas là. C’est ce que nous faisons parfois avec les enfants, pensant qu’ils ne comprennent pas (encore) nos paroles, ou qu’ils ont les oreilles bouchées. Nous pouvons aussi parler de sujets qui concernent très directement une personne, en sa présence et sans l’impliquer.

Histoire vécue :

Une personne rejoint une équipe, se fait expliquer le rôle de chacun et notamment de son “binôme”. Les périmètres de chacun sont bien définis. Pourtant, le nouvel arrivant évoque quotidiennement les projets de son binôme en donnant son point de vue (souvent critique), auprès d’autres membres de l’équipe et ce, alors que le binôme entend les conversations sans y être convié.

Déni d’existence, de présence, parfois aussi déni de valeur perceptible dans la place faite à la personne concernée dans notre discours : c’est tout l’art de la citer en dernier, de prononcer son nom avec une pointe de mépris etc.

Exemple :

Le directeur général d’une PME fait un discours quelques jours après son arrivée. Il évoque sa prise de poste et les derniers résultats de l’entreprise, sans jamais mentionner son prédécesseur qui a pourtant consacré temps et énergie à lui passer la main dans les meilleures conditions. Avant moi, le déluge en quelque sorte.

D’où vient ce déni ?

Quand nous nions l’existence ou la valeur d’une personne, les raisons en sont diverses.
Quelques possibilités :
- cette personne nous dérange ou nous fait peur (fuite)
- nous la méprisons et voulons le lui montrer et/ou le montrer aux autres
- nous souhaitons porter un coup à cette personne, pour qu’elle soit affaiblie voire s’en aille (attaque)

A propos du mépris, il est nécessaire de distinguer deux formes de cette émotion mixte :

a) le mépris sincère : la personne que je méprise a heurté mes valeurs et je désire le faire savoir, je ressens une émotion et l’exprime (colère). C’est l’expression d’un mépris profond accompagné d’un jugement sur la valeur de la personne. Exemple de manifestation : ignorer superbement celui ou celle qui nous a déçu(e).

b) le mépris composé : je ne veux pas montrer que cette personne me déstabilise ou me dérange, alors je me positionne très haut-dessus d’elle, dans une attitude de “blanche colombe” que la “bave du crapaud n’atteint pas”.

Le premier est plus rare que le second, qui relève d’un vécu complexe et pas toujours conscient.

En analyse transactionnelle, le déni teinté de mépris évoque la position de vie +/- dans laquelle je suis Ok et l’autre n’est pas Ok. C’est une position de supériorité, de domination. Pour savoir si vous avez tendance à adopter cette position de vie +/-, ce site propose un test (rubrique psychotest)

Toujours dans le modèle d’Eric Berne, c’est l’état du moi « Parent critique » qui est le plus à même de témoigner du mépris parce qu’il juge et se montre moralisateur. Sur ce site, quelques modes de communication permettant de repérer le Parent critique (page 3).

Enfin, le déni peut aussi révéler un Persécuteur dans le triangle dramatique de Karpman.

Comment en sortir ?

Vous avez repéré un déni, très bien, maintenant vous vous demandez quoi faire. Réfléchissons ensemble :

Vous êtes l’auteur d’un déni

Si vous avez identifié un déni de votre part envers une personne, bravo, le plus dur est fait. Admettre ce type de comportement n’est pas aisé.

Demandez-vous maintenant ce que vous apporte ce déni, qu’est-ce qu’il nourrit chez vous, quel besoin ?

Que niez-vous chez cette personne : son existence ? sa valeur ?

Que cherchez-vous à obtenir ainsi ?

Vous faites l’objet d’un déni

Vous vous sentez l’objet d’un déni  ? Si vous pensez « victime », rendez-vous du côté du triangle dramatique pour explorer votre posture.

Posez la situation en vous en tenant aux faits : que se passe-t-il exactement, quels comportements observez-vous en ce sens ?

Ensuite, approfondissez en examinant quels effets ces comportements ont sur vous :  qu’est-ce que cela vous fait ? Où est-ce que ça fait mal ?

Enfin, demandez-vous ce que vous aimeriez à la place, puis trouvez comment faire que cela arrive (si si, vous avez du pouvoir sur la situation !)

 

 

3 comments

  1. Carine

    Bonsoir Karine

    la mise au placard, le court-circuitage sont des comportements bien plus violents que ne l’imaginent souvent ceux qui les pratiquent. Je crois qu’il y a parfois derrière une forme de lacheté de la part de l’auteur du déni, qui préfère ignorer plutôt que confronter.

    Cela me fait penser à cette expérience connue sur les souris (mais je n’arrive pas à trouver le texte sur internet), avec 3 groupes de souris: celles dont on prend soin, celles qu’on maltraite et celles qu’on ignore, et où les 3èmes meurent plus vite que les autres.

    1. admin

      Bonjour Carine

      C’est sans doute vrai, les effets de tes actes dépassent l’intention qui les a engendrés. Lâcheté, inconscience…
      L’expérience des souris me dit quelque chose, si tu en retrouves la source cela m’intéresse.

  2. Bruno Gladimy

    Inconscient veut dire privé de conscience

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