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T’en penses quoi ? Le piège de la réassurance


Training wheels - (cc) Tony Alter Flickr #7948996136Imaginez votre vie si vous ressentiez le besoin de faire valider chaque idée, chaque choix que vous faites, par un tiers. Une vie contraignante, voire impossible, non ? Sans aller jusque-là, regardons ce qui se passe quand nous nous engageons sur le terrain glissant de la réassurance. Cet article est la suite de Intégrer le doute sans se désintégrer.

Bien sûr, nous faisons tous l’expérience des bénéfices à demander l’avis d’autres personnes dans certaines situations. Par exemple pour un manager, avant de valider une embauche, d’envoyer un email délicat (cf. article précédent), de recadrer un collaborateur etc. Savoir mettre en doute sa perception ou ses choix ouvre des perspectives et évite quelques erreurs.

Le problème survient, comme souvent, quand nous généralisons cette démarche à tous les contextes.

C’est l’histoire d’Isabelle et de ses “piliers”

Isabelle a pris la direction d’un service de dix personnes il y a un an et elle ne se sent pas encore très assurée dans ce poste. Au début, elle s’est appuyée sur son prédécesseur, pendant une période de passation ; elle lui demandait toujours ce qu’il faisait dans telle ou telle situation, et suivait son avis à la lettre. Puis, elle s’est retrouvée seule aux commandes et a ressenti le besoin de faire confirmer la pertinence de ses choix par deux personnes de son équipe, Alice et Jean-Noël, anciens dans la structure. Cela la rassurait, c’était confortable. Petit à petit, sans s’en rendre compte, Isabelle a pris l’habitude de fonctionner ainsi, elle a généralisé cette démarche à une grande partie de ses décisions : la mise en place d’une réunion d’équipe ? Elle faisait valider par Alice et Jean-Noël. Une présentation pour le Codir ? Elle demandait la relecture d’Alice et Jean-Noël. L’organisation des vacances d’été ? Elle attendait l’avis de ses deux piliers pour avancer. Isabelle a réalisé qu’elle commençait à avoir un problème le jour où Alice et Jean-Noël ont été pris par un projet qui nécessitait des déplacements en régions, et qu’elle s’est retrouvée incapable de prendre des décisions en l’absence de ses deux “validateurs”.

Pour Isabelle c’est un peu comme si d’un coup, elle était revenue au stade des petites roues pour stabiliser son vélo, alors que cela faisait des années qu’elle pédalait avec aisance.
Comment en est-elle arrivée là ?

Le piège de la réassurance

Quand je demande à quelqu’un d’autre de confirmer la pertinence de mon choix ou action, il peut peut me donner raison (et alors je reste sur ce que j’avais prévu) ou avoir une opinion différente (que je suis ou non).

On pourrait croire que la confirmation par une autre personne renforce notre confiance, et c’est souvent le cas quand notre démarche reste occasionnelle.

En revanche si je répète l’opération trop souvent, l’effet inverse se produit : je perds en confiance.

Pourquoi ? C’est un piège possible de la réassurance : même si l’autre me donne raison, je fais en même temps l’apprentissage que c’est un autre que moi qui est légitime pour me donner un feu vert sur mes propres choix.

Ainsi deux phénomènes se superposent :

  • Je suis rassuré sur mon choix et je peux agir, et en même temps…
  • … cela renforce en moi l’idée que demander l’avis des autres est une bonne chose et m’aide, ce qui revient à alimenter insidieusement l’idée que je ne suis pas capable de décider 100% seul

Cercle vicieux de la réassurance

S’installe alors un cercle vicieux : plus je demande aux autres de me conforter dans mes décisions, et moins je me sens capable de décider seul et de faire me confiance à moi-même.

Il serait donc inexact de dire que je demande la validation des autres parce que je manque de confiance en moi : la réciproque est tout aussi importante, je manque de confiance en moi parce que je demande sans cesse la validation des autres. Il est intéressant de regarder ce processus de manière circulaire.

C’est un peu comme ce voyageur qui lance de la poudre anti-tigres depuis la fenêtre du train, et répond à un autre voyageur étonné “mais si ça fonctionne, aucun tigre ne s’est approché du train jusqu’à maintenant”. Il confirme lui-même une croyance en s’empêchant de la mettre à l’épreuve de la réalité.

Ce que nous montre ce cercle vicieux, c’est qu’en demandant trop souvent l’avis des autres nous risquons d’en devenir presque dépendant, soit dans un contexte spécifique comme Isabelle dans l’exemple évoqué plus haut, soit de manière généralisée dans notre vie. Le remède peut être pire que le mal !

Comment renverser la vapeur ?

Quand nous ressentons le besoin de demander plus que nécessaire la réassurance des autres, il peut être intéressant de s’interroger :

  • Comment est-ce je me sens après avoir recueilli l’avis d’autres personnes ?
  • Est-ce que cela m’aide à décider ?
  • Est-ce que cela m’aide ensuite, quand j’ai une autre décision à prendre ?
  • Est-ce que je me sens parfois dépendant de l’avis des autres ?
  • Que se passe-t-il si je m’en passe et ne consulte personne avant d’agir ?

Le chemin vers l’autonomie de décision implique de faire face à l’inconfort de décider seul, d’abord dans des contextes où c’est le plus facile, puis dans des contextes où cela me demande davantage d’effort.

Chaque fois que je résiste à la tentation de demander une confirmation de mes idées ou choix, je me fais un peu plus confiance.

Chacun trouvera son juste dosage en la matière !

Et vous, avez-vous trouvé le vôtre ?

 

 

2 comments

  1. Thierry

    Merci, Pour cet article interessant !
    il y a juste un point qui n’est pas abordé (mais cela est peut etre hors sujet ! ). c’est la capacité de la personne à écouter, prendre conseil et prendre une décision qui n’est pas forcément (pas toujours) en accord avec ces avis ? En clair une personne qui recherche tres souvent les avis et conseils mais prends regulièrement des decisions « à lui » Cela est il de la reassurance bien exploitée ??

    encore merci pour votre blog tres intéressant.

    1. admin

      Bonjour Thierry,
      Merci pour ce partage.
      Effectivement je n’ai pas traité cet aspect. Ce que cela m’évoque : s’il s’agit pour cette personne de faire challenger son idée, et qu’elle prend ensuite sa décision seule, peut-être ne s’agit-il pas de réassurance mais d’autre chose (approche collaborative, ouverture à d’autres opinions etc) ;) Une façon de le savoir c’est en se posant la question « est-ce que quand elle demande l’avis des autres, cette personne se sent plus confiante en elle-même, ou l’inverse ? »

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