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Assertivité : communiquez sans bémol

C’était pourtant bien parti. Nous avions une idée claire de ce que nous allions demander, une idée assez ferme, même.
Et puis au moment d’ouvrir la bouche, le message a perdu toute sa force… étouffé par un bémol sournois.

éventuellement
un peu
un petit travail
serait
quand tu pourras
assez
à l’occasion
quand même
essayer de
pas mal
pas terrible
si tu peux
enfin, je pense

… la liste est encore longue, de tous ces bémols de langage qui affaiblissent notre propos. Si la modération peut être judicieuse, le bémol involontaire lui, nous joue de mauvais tours.

Comment ?
Regardons la liste qui précède :

  • il y a des bémols de temps (« quand tu pourras », « éventuellement ») qui atténuent l’urgence de la demande et effacent même toute idée d’objectif temporel
  • des bémols de quantité (« un peu », « assez ») qui réduisent l’importance de la demande
  • des bémols qualitatifs (conditionnels, « si ») qui en diminuent également l’importance

Au final, ces bémols font passer notre demande pour optionnelle. Ils mettent notre intention en sourdine… nous mettons notre intention en sourdine.

Ils peuvent donner l’impression que nous sommes mous ou indécis : incapable de parler en Kodacolor, à toujours dire que c’est « pas mal » ou « pas génial », jamais « très bien » ni « cela ne me convient pas ».

Notre assertivité en prend un sacré coup.

Rappelons que l’assertivité vient de l’anglais assertiveness, substantif formé à partir du verbe « to assert » : affirmer, assertion, s’affirmer, défendre ses droits, défendre son opinion. Assertiveness peut se traduire en français par l’affirmation de soi, la confiance en soi, l’assurance personnelle et « force tranquille ». C’est « la capacité à s’exprimer et à défendre ses droits sans empiéter sur ceux des autres »*

Les bémols traduisent parfois cette place que l’on ne prend pas de peur précisément d’empiéter sur les droits des autres.

Plus sournois encore, certains bémols peuvent induire que nous tentons de « vendre » notre demande, de mieux la faire passer, suscitant ainsi une méfiance qui n’a pas lieu d’être.
ex : « J’ai un petit travail à te demander » : Ouh la, ça doit être compliqué.
(Croyance et résurgence de nos expériences enfantines quand l’infirmière parlait d’une « petite piqûre » ?)

Leadership et bémols ne font donc pas bon ménage. Avez-vous déjà vu un grand leader parler avec des bémols ?

Tiens, prenons le discours de Steve Jobs lors de la remise de diplômes à l’université de Stanford en 2005 (je le « bémolise » à dessein) :

Votre temps est quand même limité, ne le gâchez pas trop en menant une existence qui ne serait pas vraiment la vôtre. Mieux vaut ne pas être prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui, et ne pas laisser le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Essayez d’avoir le courage de suivre votre cœur et votre intuition. L’un et l’autre savent assez bien ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire, je crois.

La version originale (Aaaaah) :

Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n’est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. L’un et l’autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire.

Steve Jobs parle au présent, sans bémols et c’est ce qui donne de la force à son discours qui est en ligne avec sa pensée et son ressenti : toute sa personnalité est alignée (voir Charisme… inaccessible?)

Tout naturellement, son discours jaillit sans aucun bémol d’intention.

Et nous alors, pourquoi ne parlons-nous pas exactement comme Steve Jobs à Stanford ?

Des peurs et croyances nous limitent.

Exemple : souvent au moment de demander à un prestataire un travail avec un délai de réalisation honteusement court, j’hésite et *bloom!* les bémols fleurissent.
« - Et vous le voulez pour quand ?
- Euh (pensée « c’est pour demain matin première heure ») c’est assez urgent, disons que si on l’a demain dans la matinée ça serait parfait.
- Entendu nous ferons de notre mieux, au pire demain midi !
- OK faites votre possible, merci beaucoup ! »

Voilà, l’objectif de mon appel téléphonique n’est pas atteint, le prestataire s’est engagé de son côté mais uniquement sur ce que je lui ai demandé : un délai plus long que celui que j’ai absolument besoin qu’il tienne et que je n’ai pas osé lui imposer. Et là généralement nos reproches intérieurs sont sans aucun bémol…

Leçon de l’expérience :

Lorsque nous demandons un travail à un prestataire ou un collaborateur,
clarifions intérieurement ce que nous voulons vraiment… et restons focus sur cette intention.

Soyons franc et direct.
Que voulons-nous vraiment? Disons-le !
Point d’excuses ni de sourdines.

Bien sûr, sur le papier c’est d’une simplicité enfantine. La difficulté se présente en situation, face aux interlocuteurs.

Ces freins, ces réticences à oser et cette permission intérieure qui nous manque alors, tout cela se travaille en coaching. Prendre conscience de ce fonctionnement, acquérir la ressource qui manque, la pérenniser : tout un programme.

A vous ! Questions de coach :

  • La prochaine fois que vous avez une demande à formuler ou une annonce à faire, observez. :
  • Que gagnez-vous à atténuer votre propos par ces bémols ?
  • Que se passera-t-il si vous exprimez votre message directement et pleinement, sans bémols ?
  • Jeu : êtes-vous un roi / une reine du bémol ? Mettez 10 c dans une boite à chacun de vos bémols pendant une semaine… alors, c’est le pactole ?
La réponse est en Vous.

Et pour passer à l’action, pensez au Coaching !

Lire aussi :
> Formuler des demandes claires
> Ces messages qui ne passent pas
> Charisme… inaccessible?
Maîtriser sa communication : intention et non verbal
> Congruence et non verbal : le cas des avocats

*Source : Wikipedia

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  1. Assertivité : communiquez sans bé...

    [...] L'assertivité est l'art de s'affirmer, une clé en management. Focus sur les bémols de langage qui nuisent à notre leadership.  [...]

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