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Coaching : in vivo veritas

Coach, un métier de biologiste ? Notre matière première c’est le vivant, l’humain dans sa complexité, mais également la vie autour, toujours mouvante et impermanente. Ainsi le coaching est-il un processus qui s’inscrit dans la dynamique du vivant et évolue souvent de façon inattendue. La créativité et l’ouverture à la nouveauté en sont des clés. La faculté du coach à accepter les remous de la vie, aussi. Invitation au voyage dans le flux tranquille ou tourmenté du coaching.

 

Un accompagnement in vivo

Tout coach a fait cette expérience. Le client a défini son objectif de coaching, et lors d’un entretien, trouve une solution à l’une de ses problématiques. Une solution sur mesure puisque c’est la sienne, et qui semble simple à appliquer. Sauf que quelques jours plus tard le client écrit à son coach que le contexte a changé (ex : la personne auprès de qui il devait agir est en arrêt maladie pour 3 semaines, ou bien le problème n’est soudain plus d’actualité).

En coaching il y a les entretiens, comme un monde parallèle superposé à l’autre, un monde depuis lequel on se regarde vu de haut ; et en sortant de l’entretien il y a la vie, qui joue parfois des tours.

In vivo, c’est aussi la vie intérieure, celle du mental, des émotions, du corps. Cet intérieur qui a son mot à dire, et réagit à des valeurs, des besoins, des croyances etc.

Tiens, un exemple : ce client arrive avec le besoin d’obtenir une promotion dans son job. Il est manager, il voudrait être nommé directeur. Parce que… tiens, pour quoi faire d’ailleurs ?

Farceur de coach avec ses questions incongrues !
Mais parce que… c’est super d’être directeur, enfin ! Fin, c’est le mot qui compte : c’est en allant jusqu’à la fin de cette chaîne de demandes et de besoins, que l’on trouve l’attente essentielle du client-coaché. Devenir directeur, c’était, en vrai (?) « pour être reconnu à ma juste valeur, avec tout ce que j’ai réalisé en 10 ans, et puis parce qu’à 49 ans, si on n’est pas directeur on a raté sa carrière. Non ? » Si vous le dites.

Coacher jusqu’au coeur

Au centre du coaché il y a ce coeur qui palpite, coeur parfois mal connu de son propriétaire, ou nié par sa tête qui se croit mieux-pensante. Il y a cette vie des valeurs qui font l’oxygène, et dont l’oubli intoxique.

Ainsi ce coaché mal à l’aise dans un rôle de manager directif, appliquant les méthodes de sa direction, et à demi malade sans le savoir… malade à l’endroit de sa valeur nommée « Autonomie » qui prône un monde où chaque employé est responsable de son travail et apporte son engagement et ses initiatives, aux antipodes exactes de l’esclavage.

Intoxiquée aussi, cette dirigeante éprise de liberté, qui s’est enfermée à chaque ouverture de capital de sa société, jusqu’à se trouver pieds et poings liés à chaque décision.

Moment parfois touchant pour le coach, quand il touche chez son client au détour d’une question, un point viscéral.
La délicatesse comme qualité du coach ?
Peut-être pas : et si toucher au vivant à pleines mains était nécessaire , sans prendre de gants ni pour soi ni pour l’autre, et si se frotter au vivant et ses inconforts était indispensable pour bien accompagner ?

Lois naturelles, lois des organisations

In vivo, comme un un pied de nez aux processus d’entreprise, aux workflows et toute la mécanique froide des organisations. L’approche systémique apprend au coach qu’une organisation c’est un organisme au complet, vivant comme un corps avec ses parties toutes interdépendantes. Parfois les reins refusent de suivre la tête. Parfois ce sont les pieds qui sont allés tout seuls dans une direction à laquelle la tête n’avait pas pensé.

In vivo c’est aussi la loi de l’homéostasie et la progression funambule entre des équilibres contradictoires, au fil du coaching. Ainsi ce coaché qui développe une meilleure gestion du temps, mais découvre sa solitude comme un mal sourd que masquait l’hyperactivité. Et ce manager qui apprend à créer des liens avec son équipe, puis rencontre la difficulté de poser des limites quand on est un manager amical. En coaching comme en matière de santé, on joue avec des effets secondaires parfois imprévus.

Dans la vraie vie les peurs se déplacent, l’une disparaît, une autre la remplace (voyez l’exemple de Marianne dans cet article : Coaching, entreprise, entreprise, coaching !) Alors on ajuste le processus de coaching, on s’adapte à ce qui se passe. Le coach jongle ainsi avec des vérités du moment et des moments de vérité.

Le respect du vivant

A travailler avec le vivant, les coachs ont la chance de découvrir sa sagesse et leurs propres limites – leçon d’humilité!

Je ressens souvent, lors de mes coachings, un grand respect pour le vivant si organisé. Comme ces résistances qui protègent le coaché d’un changement trop rapide ou pour lequel il n’est pas prêt. Comme ces moments de magie où le coaché nous montre à quel point il sait mieux que quiconque ce dont il a besoin pour se développer ou croître. A l’intérieur le vivant s’organise avec une sagesse inimitable, et le coach se contente de lui tendre un miroir respectueux.

In vivo, c’est toute la vie comme la naissance et l’évolution d’un être, et comme ce qui naît chez le coaché au cours de l’accompagnement. Eclosions de projets, génération d’idées, mutation de solutions. Evolution de l’être, du groupe, et finalement un jour, du genre humain  ?

« In vivo veritas coachis », « au coeur du vivant est la vérité du coach » car la maîtrise des paramètres in vitro est une illusion. Le vivant nous échappe toujours et c’est dans cette absence de contrôle que le coach et le coaché peuvent grandir ensemble, s’ils l’acceptent .

Il y a dans le coaching une part de chaos : c’est sa part de vie.


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