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Walk the wish : du voeu à l’action

Chaque début d’année nous reproduisons le même rituel ou plutôt deux : nous adressons nos vœux aux autres, et prenons des résolutions pour nous-même. Voeux ou résolutions personnels ou professionnels, ils parlent de nos croyances et attitudes face à l’existence. Quel est mon pouvoir sur le cours des choses ? Que puis-je espérer, décider, réaliser ? Comment passer du voeu pieux ou « Wishful Thinking », au voeu en acte ?
Voyage au pays des voeux et de leurs liens avec le coaching.

BienVOEUillance

Le voeu est un souhait profond de voir quelque chose s’accomplir pour soi-même ou pour les autres. Voeu intime sous l’étoile filante ou voeu à pleine voix au Nouvel An (ou occasion importante), présenté à son entourage, ses collègues, ses clients . « Meilleurs voeux! », « Bonne année! », « Tout le meilleur », « Que faut-il te souhaiter ? »… : que nous dit ce voeu ?

Il nous parle de deux choses :

- de la bienveillance d’abord, du latin benevolens, « qui veut le bien » (d’autrui)
Présenter ses voeux, c’est dire son souhait qu’il arrive à l’autre des événements favorables.

- de l’humilité de l’humain qui intègre les limites de son pouvoir : en général on fait des voeux pour ce que l’on pense hors de notre ressort (santé, amour, succès etc.) On souhaite que ces bonnes choses nous « arrivent » et ce, par l’opération du Saint-Esprit, du destin, de la chance, de l’entreprise, des clients, de la concurrence, du Père Noël, … complétez selon vos croyances.

Voilà deux attitudes intéressantes qui en contrebalancent deux autres, maux de notre monde (moderne?) : l’individualisme d’une part, et de l’autre, le sentiment de toute-puissance de l’humain qui pense contrôler sa santé, son vieillissement, la nature autour de lui etc.

Comme nous avons conscience que nous sommes « peu de choses », nous souhaitons aux autres que de bonnes choses leur adviennent.
Car nous croyons qu’elles ne dépendent pas complètement d’eux.

Voeu & croyances

Le voeu nous parle aussi de croyances, en une force extérieure qui nous impose l’humilité. Voeu de l’année qui commence, il nous vient des calendes des Romains, qui adressaient une prière au dieu Janus, dieu des commencements et des passages :

« Quod bonum felix faunstumque sit »

« que l’année soit bonne, heureuse et de bon augure. »

Dans Les Fastes, Ovide interroge le Dieu Janus sur le sens de ces voeux :

« Mais pourquoi prononçons-nous des paroles joyeuses à tes Calendes,
et pourquoi faisons-nous cet échange de voeux ? »
Alors le dieu, appuyé sur le bâton qu’il tenait de la main droite, dit :
« D’habitude, les commencements comportent des présages.
À la première parole, vous tendez une oreille craintive
et c’est le premier oiseau entrevu que consulte l’augure.
Les temples des dieux sont ouverts, de même que leurs oreilles ;
nulle langue ne formule en vain des prières ; les paroles ont leur poids« .
Ovide, Les fastes, « Les étrennes » (1,171-226) (source )

Devenu un souhait adressé à notre semblable au lieu d’une prière a un dieu, le voeu a perdu de son caractère sacré, sauf si… celui qui émet le voeu aujourd’hui le ressent comme doté d’un sens et d’un pouvoir (« les paroles ont leur poids »).

Est-ce votre cas ?
Que croyez-vous, quand vous présentez vos voeux ?

Je crois
… qu’il est essentiel de souhaiter le bien à son prochain.
… que les paroles ont leur poids.
… que si chacun faisait des voeux bienveillants le monde serait meilleur.
… que les voeux sincères se réalisent.
… que la tradition des voeux a un sens et une raison d’être.
Je crois …

Dites-vous plutôt : « j’espère que » [le voeu] ? Ou bien « Que… [le voeu] soit… » ?
Dans les deux cas il y a l’idée qu’une force extérieure (Dieu, le hasard, l’univers…) va réaliser le voeu,
et dans la seconde formulation, le voeu prétend influencer cette force, comme une prière ou parole rituelle.
Que la force soit avec toi !

Voeu & responsabilité

Voeux, intention, force(s) extérieure(s) ou non, très bien, mais quelle est notre posture au-delà du voeu ?
S’agit-il de fatalisme ou d’humilité ?

1. Fatalisme : les forces extérieures font tout,  je n’ai qu’à espérer et attendre que les choses adviennent (ou pas).
C’est l’attitude des pessimistes mais aussi des optimistes, des victimes, des rois de l’excuse . Le voeu se fait « voeu pieux » ou « wishful thinking » chez nos amis anglophones.

2. Humilité
: je n’ai pas tout le pouvoir sur la situation, mais j’en ai un tout de même et j’agis en conséquence pour aider la réalisation de mes souhaits. Mes choix et mes actes ont un poids, ils influencent ces événements qui ne sont pas que « bonne fortune ». C’est la philosophie du coaching, qui accompagne le coaché dans l’investiture de son propre pouvoir ; même s’il en connaît les limites, chacun reste le premier responsable de sa propre vie !
C’est l’idée d’un voeu en acte et d’une co-responsabilité : je « donne un coup de pouce au destin », ou j’agis sans attendre un coup de pouce du destin, dans tous les cas j’agis. Aide-toi et le ciel t’aidera, disait Esope avant Jean de la Fontaine.

De ces deux postures et leurs nuances découlent différents comportements le 1er janvier… et toute l’année.

Il est intéressant de se rappeler que pour les Romains de l’Antiquité comme pour de nombreuses cultures, le commencement de l’année avait valeur de présage, et ce 1er de l’an était un résumé de la nouvelle année. Aussi les Romains travaillaient-ils le 1er de l’an, avec l’idée que ne rien faire serait de mauvais augure pour la suite, comme si l’année risquait d’être alors dépourvue d’activités.

Notre culture européenne n’a pas conservé cette tradition d’activité au 1er de l’an, cependant nous nous engageons dans une forme d’action à travers les résolutions.

Voeux, résolutions… ou objectifs ?

L’idée de démarche active au commencement de l’année, c’est un peu celle des résolutions. C’est une forme de voeu-décision, qui renvoie à un autre sens du mot « voeu » : celui de promesse, d’engagement sacré.

Mais le problème des résolutions c’est qu’elles consistent souvent à arrêter de faire quelque chose, à changer une habitude, et ça c’est difficile – lire l’article sur l’habitude . En général, mi janvier c’est déjà oublié.

« Que voeux-tu et que fées-tu pour ça ? »

Et si à la place on s’écrivait pour soi-même un objectif pour toute l’année ?
Où voulez-vous être arrivé(e) à la fin de cette année, personnellement et professionnellement ?

Un objectif, c’est un but que je me fixe, et en coaching on l’affûte pour qu’il soit SMARTE (Spécifique Mesurable Atteignable Réaliste Temporellement cadré et Ecologique pour le coaché)

Un objectif pour l’année, c’est un mélange de voeu et d’action : je nomme ce que je désire, et je me mets en action pour l’obtenir.
Je passe ainsi par 3 étapes , d’abord celle du rêve sans limite, puis celle plus réaliste du cadrage de mon objectif dans des critères SMARTE et enfin celle du concret avec les actions à mettre en oeuvre pour réaliser mon objectif.

Cela n’empêche pas d’adresser des voeux à ceux qui ont des objectifs. Ainsi :

A mes coachés, je souhaite de trouver toute la motivation et les ressources à chaque étape de leur parcours vers leur objectif. Tenez bon le cap !

Aux coachs, je souhaite la même chose… dans leurs accompagnements.

Et à ceux qui n’ont pas encore d’objectif :
Un objectif, ce n’est pas toujours facile à définir.
Comme la question « que faut-il te souhaiter pour cette année »,  cela demande de se projeter dans le futur, de faire des projets. Parfois nous ne savons pas ce que nous voulons pour nous-même et nous faisons des voeux pour le monde entier (paix dans le monde, etc.)… sauf pour nous-même !

C’est pourquoi je vous propose de terminer ce billet et cette année sur le rêve.

Voeu & rêve : Walk the Wish

Le rêve nous débride et quoi de mieux pour commencer une année sans les limites des années précédentes ?
Au commencement est la vision, vision créative sans certitude ni réalisme, vision dont une part nous échappe : c’est un rêve, c’est un voeu.
Ensuite vient l’envie que ce rêve soit réel un jour : c’est un objectif.
Enfin vient le geste d’agir pour l’aider à se réaliser : c’est l’action.

Alors dans ce rêve premier et Tout-Créatif, allons au bout et au-delà des possibles, c’est bien de cela qu’il s’agit. Ayons de grands rêves, faisons des voeux qui leur ressemblent.
Car à faire de grands voeux nous pourrions bien nous mettre en marche dans de grands projets!

Les Américains disent « Walk The Talk » pour dire » joindre le geste à la parole », aligner paroles et actes.
Je vous souhaite de faire « Walk the Wish » : aligner vos actions en direction de votre voeu pour l’aider à se réaliser.

A tous, beaux rêves, beaux voeux et beaux objectifs 2012 !

 

 

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