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Intégrer le doute sans se désintégrer

Hercule et l'hydre de Lerne, par Gustave Moreau, 1876 (détail)La question du doute revient souvent en coaching : soit le client doute déjà tout seul, soit les questions du coach ouvrent des brèches dans ses certitudes. Le coach peut aussi douter dans son accompagnement. (Se) remettre en question permet de construire par ajustements successifs, ce qui m’amène à considérer le doute comme un compagnon de nos vies professionnelles, malgré la difficulté dans laquelle il nous met. Alors comment intégrer le doute à nos réflexions et actions sans le laisser nous désintégrer ?

 Selon le Trésor de la Langue française, le doute est :

« l’état naturel de l’esprit qui s’interroge, caractérisé à des degrés différents soit par l’incertitude concernant l’existence ou la réalisation d’un fait, soit par l’hésitation sur la conduite à tenir, soit par la suspension du jugement entre deux propositions contradictoires. »

Et c’est aussi, selon la même source :

« MÉD., PSYCH. Folie, manie, maladie du doute. Maladie mentale qui se traduit par des manies d’interrogation de vérifications incessantes, des scrupules religieux excessifs. »

Ainsi la notion de doute contient deux phénomènes, l’un potentiellement constructif, l’autre plus excessif que nous pourrions nommer « doute pathologique ».

Entre ces deux situations, y a-t-il une différence de nature ou de degré ? Deux exemples :

a. Charles fait relire à un collègue l’email qu’il vient d’écrire à un client, avant de l’envoyer. Il a un doute sur le ton qu’il emploie, n’est-ce pas trop direct ? Après avoir entendu l’avis de son collègue, il se dit « bon, ça doit aller, je me lance » et il envoie son message.
b. Vincent se demande si le message qu’il a écrit n’est pas trop direct. Il le fait relire par une collègue, qui lui donne un avis positif. Comme il doute encore, il demande à un autre collègue. Ces deux retours sont positifs mais Vincent n’est pas rassuré, il se dit que ses collègues ont voulu lui être agréable. Comment avoir un avis sûr ? Il se questionne toute l’après-midi sur le ton de son message et hésite à l’envoyer. Il le laisse dans les brouillons, rentre chez lui, y pense la nuit, décide de ne pas l’envoyer, etc.

Charles intègre le doute, Vincent se fait désintégrer par le doute.

Peut-être qu’il s’agit au départ du même processus de doute, et que c’est la manière dont Charles et Vincent le traitent, qui fait la différence.

Dans la démarche de Charles, il y a une conclusion au doute : à l’ouverture créée par celui-ci sous forme de question (« mon message n’est-il pas trop direct ? »), Charles répond par une phase de recherche de réponse. Une fois celle-ci trouvée, Charles s’en contente et clôt la question, il n’a plus de doute, ou du moins un doute insignifiant qui ne l’empêche pas de passer à l’action en postant son message.

Pour Vincent, au contraire, les choses ne sont pas aussi simples. Il commence comme Charles par demander l’avis d’un tiers, mais à la différence de Charles, cela ne change rien à son doute car il doute… de la sincérité de ses collègues et de la pertinence de leur avis ! Il a rencontré l’hydre de Lerne…

L’hydre de Lerne

Figure de la mythologie grecque et second des travaux d’Hercule, l’Hydre de Lerne n’est pas un cadeau.

Ce monstre à l’haleine empoisonnée avait au départ une seule tête, immortelle, mais d’autres têtes lui poussèrent, qui se dédoublaient quand elles étaient tranchées. Hercule eut du fil à retordre puisqu’à chaque tête tranchée deux repoussaient plus menaçantes !

Quand nous voulons répondre à un doute, il se comporte parfois comme l’hydre de Lerne : la question en suspens engendre deux nouvelles questions, et c’est encore pire. Le doute se multiplie, et plus nous cherchons à l’éradiquer, plus il est présent. C’est ce qui arrive à Vincent.

A l’extrême, cela peut donner des comportements de type TOC (troubles obsessionnels compulsifs) : vérifier de manière incessante son orthographe, que ses messages sont bien partis, que l’on a bien éteint la lumière, etc.

Les coûts de cette lutte contre le doute peuvent aller de l’inconfort à la perte de temps en passant par le stress et une souffrance psychologique.

Comment fait Charles pour s’en sortir face au monstre ?

Intégrer le doute

La différence entre Charles et Vincent tient peut-être à ce que Charles accepte de garder une part de doute. Quand il envoie son message, il n’est pas à 100% certain que son ton n’est pas trop direct ; il prend le risque en acceptant un léger inconfort.

Vincent à l’inverse est un adepte de « dans le doute, abstiens-toi ». Il veut valider avec certitude que le ton de son message est le bon et qu’il sera bien pris par son client, avant de l’envoyer. Ce but qu’il vise est-il réaliste ?

Peut-on être sûr de ne pas se tromper ? (le sujet de philo quand j’ai passé mon BAC !)

 

Le risque zéro n’existe pas. (croyance limitante ou ressource, selon le cas)

Ainsi, en cherchant à être certain et à éviter l’inconfort, Vincent se crée un univers où le doute n’est pas permis. Résultat paradoxal : il doute toujours plus ! Plus il cherche à se rassurer en cherchant des certitudes, plus il traque dans les coins la moindre poussière de doute pour y répondre, et plus sa peur d’agir grandit.

Intégrer le doute ce n’est pas le nier ni chercher à le supprimer, c’est en tenir compte et s’en servir, de manière constructive.

C’est l’accueillir comme un ami de bon conseil, dont on écoute les suggestions, mais que l’on sait raccompagner à la porte quand il devient envahissant. On gère les limites de la relation, et on vit avec, au lieu de le considérer comme un ennemi à éradiquer.

Si l’on pousse à l’extrême, face au doute, Charles peut agir sans vérifier, tandis que Vincent vérifie sans agir.

Question : quand vous doutez, cherchez-vous des réponses sans fin ou savez-vous lâcher-prise et renoncer à l’absolue certitude ? Est-que votre stratégie fonctionne pour vous sur le coup ? Et à moyen terme ?

Aie confiance, crois en… toi !

Intégrer le doute est plus facile avec une bonne confiance en soi (c’est-à-dire… un faible doute sur son jugement et ses propres capacités !), et cela renforce d’ailleurs la confiance avec une boucle vertueuse confiance -> prise de risque -> renforcement de la confiance.

Charles a plutôt confiance dans son jugement, il ne le vérifie qu’une fois auprès d’un collègue. NB : s’il répétait cette opération et qu’elle devenait une habitude fréquente, il pourrait rencontrer les mêmes difficultés que Vincent.

Charles peut s’autoriser un résidu de doute sur ce qu’il fait, parce qu’il a confiance en ses capacités à gérer les différentes situations ; si Vincent cherche à assurer chacune de ses actions, c’est peut-être parce qu’il n’a pas suffisamment confiance en lui-même pour faire face à leurs conséquences.

Plus nous avons confiance en nous-même, plus nous pouvons avancer dans l’incertitude.
Et à chaque pas réussi dans l’incertitude, notre confiance en nous grandit.

Cela suppose aussi de considérer les erreurs comme source d’apprentissage, et d’en accepter le risque.

>> Lire l’article « Vive l’erreur ! »

A vous ! Questions :

  • Choisissez une situation dans laquelle vous êtes amené(e) à douter.
  • Comment gérez-vous le doute dans cette situation ?
  • Quelle part de doute est acceptable pour vous ici ?
  • Sur quoi pouvez-vous lâcher prise pour avancer ?

1 comment

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  1. deubi

    Bonjour
    L’ »existence d’un problème » va du concours des facteurs qui favorisent son installation à la compréhension effective des difficultés actuelles. Une phase très courte. Donc tous ce qui suit est recherche de solutions; et la solution à son tour n’est pas conforme par défaut; il faut l’adapter. Ce-là compris je dois avancer dans mon projet.

    Merci pour le partage

  1. Intégrer le doute sans se désint&...

    […] Le doute est une ressource jusqu'à ce qu'il devienne un frein. Recherche de maîtrise, peurs et inconforts : comment intégrer le doute en restant entier ?  […]

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