«

»

Gérer la trahison

Tu quoque, mi fili ! - Toi aussi, mon fils !

La trahison fait partie des expériences professionnelles qui peuvent déstabiliser et plus si affinités. De la simple vexation à la blessure profonde en passant par la rumination obsédée, les conséquences sont parfois importantes et altèrent notre efficacité dans le cadre professionnel. Sale coup, couteau ou enfant dans le dos : comment gérer la trahison au travail ?

La formule de César voyant Brutus fondre sur lui est célèbre : « Tu quoque, mi fili !  » (« Toi aussi, mon fils « !) Douleur et stupéfaction.

Qu’est-ce que la trahison ?

Un acte qui se décline en plusieurs modalités :
- on peut trahir en livrant un secret à un tiers,  en trompant la confiance de quelqu’un => entorse à la loyauté
- ou en abandonnant une personne ou une communauté => entorse à la fidélité
- ou bien encore, en agissant en contradiction avec des valeurs ou un engagement (se trahir) => entorse à la fidélité
- voire, en déformant  des paroles, une pensée => entorse à la vérité, à l’exactitude, à la fidélité

Le sentiment d’être trahi et le vécu associé sont très personnels : ils résultent en grande partie de l’histoire et du système de valeurs de chacun. A vos yeux, M. vous a trahi, mais vos collègues voient les choses autrement.

Exemples de trahison au travail :

- Un membre de l’équipe obtient du PDG une augmentation que le manager lui avait fermement refusée. Le manager se sent doublement trahi, par son collaborateur et par son PDG
- Vous avez confié un souci personnel à une collègue et elle en a parlé à d’autres collègues alors que vous lui aviez demandé d’être discrète
- Vous avez accepté un poste parce qu’une évolution était prévue 6 mois plus tard, mais elle n’arrive jamais et votre N+1 botte en touche
- L’un de vos collaborateurs décide d’aller travailler à la concurrence
- Vous étiez convenu avec un collègue de défendre une idée auprès de votre direction, mais au moment d’agir, il retourne sa veste

La résonance que trouve la trahison en nous, notre sensibilité à la trahison sont variables. Le sentiment d’être trahi peut tourner à l’obsession quand on supporte mal à la trahison, quand notre valeur « loyauté » par exemple est toute-puissante. Comme si c’était une allergie !

Quelques balises sur la route de l’après-trahison :

1 – Bien gérer sa réaction

Un des premiers réflexes en cas de trahison, peut être de tomber à bras raccourcis sur le « traître ». Ou encore, si vous êtes convaincu(e) de la trahison et avez envie d’en découdre, de vous venger.

Avant de foncer, question : que va vous apporter cette action ? A-t-elle des inconvénients, quelles conséquences possibles ?
Quel objectif poursuivez-vous si vous voulez vous venger ou agir contre cette personne? Que gagnerez-vous ?

Autre réflexe possible : aller se confier – ou se plaindre - des collègues ou à sa hiérarchie. Même question : qu’en attendez-vous ? De la rassurance, le confort d’avoir la confirmation que vous avez raison de parler de trahison ? Ou bien avez-vous des doutes sur votre perception, que l’échange permettra de clarifier ?

Dans tous les cas questionnez votre posture dans la démarche, êtes-vous en position d’adulte et faites-vous ce qui est bon pour vous ?

Le choix de l’interlocuteur et le ton de votre discours sont aussi à considérer :
- vous ne connaissez pas toutes les alliances, sinon vous auriez démasqué le traître plus tôt. Prudence au moment de vous répandre en jugements sur le traître auprès d’un tiers
- vous épancher serait pas forcément productif ni constructif, et pas perçu comme tel
- en vous posant en victime de trahison vous risquez d’actionner la mannette du grand jeu de Karpman

En résumé, accueillir et laisser parler son ressenti peut aider, en parler à d’autres également car cela soulage et permet de clarifier ce que l’on ressent. Mais pas n’importe où ! Maîtriser son besoin de parler en interne  est important…. pour ne pas se confier à n’importe qui.

2 – Clarifier pour agir

L’événement désagréable peut générer des émotions mêlées difficile à décrypter.

Vous êtes touché(e), furieux(se) de cette trahison ? Accueillez ces sensations. Identifiez les émotions générées, clarifiez l’impact sur vous, ce que ça vous fait d’être trahi(e).

C’est à partir de ces éléments plus clairs que vous pourrez construire un plan d’action.

Exemples :
- je suis très en colère, il m’a fait un sale coup => comment réparer ce qui a été abîmé ou violé ?
- je suis triste, déçu, je croyais pouvoir compter sur ce collègue =>qu’est-ce qui peut me consoler ? De quoi ai-je besoin ?

3 – Confronter

Une fois que vous avez clarifié votre ressenti et vos besoins, la confrontation avec le « traître » peut être porteuse d’une meilleure compréhension des faits, et d’un échange constructif.

Parler directement avec la personne est un bon moyen de :
- comprendre sa démarche et peut-être amender votre première (et douloureuse) interprétation des faits. Qui mieux que le « traître » lui-même peut vous dire ce qui a motivé son geste ?
- exprimer ce que vous avez à dire, bien sûr en parlant de faits et de ressentis (« voici ce que j’ai vécu et ce que cela me fait ») et en évitant les accusations violentes et généralisations agressives (« tu es un traître ! »)

4 – Se recadrer

La confrontation vous apportera des éléments précieux sur le point de vue de l’autre (celui/celle qui vous a trahi(e)).

Si vous n’avez pas l’occasion d’échanger avec lui/elle (ex : le traître s’est évaporé dans la nature après son forfait), une autre piste est celle du recadrage qui questionne votre perception et vos croyances.

Se recadrer c’est prendre du recul et remettre en question la première réaction.
Par exemple :
- S’agit-il vraiment d’une trahison ou d’un choix qui me déplaît ?
- Ai-je raison de le prendre pour moi ? Qu’est-ce qui concrètement me fait dire que ce geste est contre moi ?
- En quoi suis-je attaqué(e) dans mes compétences ou mon identité ?
- Est-ce constructif pour moi d’avoir cette vision des choses ? (si la réponse est non et que vous tenez tout de même à garder cette vision, c’est intéressant !)
-  Quelles bonnes raisons cette personne pourrait-elle avoir d’agir ainsi (rechercher de l’intention positive) ?

Crise = opportunité

Pour aller plus loin, comment la trahison peut-être être l’occasion d’apprentissages pour vous ?

1. En profiter pour grandir : à quel endroit cette trahison me touche-t-elle, que réveille-t-elle en moi, que puis-je en apprendre pour la suite ?
Comment puis-je réagir de manière constructive si cela se reproduit ?

2. Mieux se connaître : en profiter pour identifier ses valeurs touchées dans l’incident, les reconsidérer : sont-elles adaptées à mon projet professionnel ? Ex :  votre sens absolu de la loyauté est-il compatible avec un quotidien dans une équipe de jeunes loups commerciaux ?

3. Développer son sens de l’organisation, une compétence du leadership. Vous avez été pris(e) par surprise, que pouvez-vous en apprendre, quels signaux faibles avez-vous ignorés, quels messages de votre intuition auraient dû vous alarmer ? Qu’est-ce qui vous permettra de lire le jeu de(s) autre(s) la prochaine fois ?

4. Chercher le positif, le cadeau caché : qu’est-ce que cet épisode désagréable a rendu possible pour vous ?

Prolonger :
Vivre une trahison peut être aussi l’opportunité de sortir de votre zone de confort,
une occasion d’apprendre à poser des limites claires,
ou d’apprendre à gérer l’imprévu,
ou encore une chance d’apprendre à accepter sa vulnérabilité ?

Et vous, vous êtes-vous senti trahi(e) dernièrement ? Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?

Que puis-je pour vous ?

Grâce au coaching vous pouvez mettre en place de nouveaux fonctionnements et sortir de vos automatismes.
Vous vous êtes senti(e) trahi(e) professionnellement et le vivez mal ? Vous souhaitez transformer la situation de manière constructive ? Je peux vous aider  !
Parlons-en et définissons ensemble votre objectif !

 


13 comments

4 pings

Passer au formulaire de commentaire

  1. Patrick

    Aie, cela fait mal, même si effectivement toute épreuve est occasion de progrès personnel.
    Moi, j’ai choisi la fuite puisque l’avantage d’un âge avancé me le permettait.
    En même temps cela m’a fait gagner deux ans de liberté : un bilan final tellement positif !
    Parfois aussi il se trouve des objectifs inconscients que l’on cherche vraiment.
    En tout cas c’est bien de pouvoir accueillir le résultat tel qu’il se présente et de s’y adapter.
    Cordialement, Patrick

    1. Karine Aubry

      Merci Patrick de votre commentaire.
      C’est vrai, pour pouvoir rebondir de manière constructive sur une déconvenue, il faut
      du recul et souvent, sur le coup… on en manque.

      J’imagine que vous avez appris bien d’autres choses grâce à des deux ans de liberté.

      Votre témoignage éclaire d’ailleurs un autre point : nous avons le choix de la suite que nous donnons à une difficulté. Vouloir à tout prix rebondir et s’adapter peut s’avérer peu écologique quand notre vie professionnelle nous écarte trop de notre intégrité personnelle (morale).

  2. Carine

    Bonsoir Karine

    Comme discuté déjà en aparté, la vengeance c’est bien, à condition d’être efficace, c’est à dire d’avoir supprimé à l’adversaire toute possibilité de se venger à son tour. Sauf que l’application au pied de la lettre de Macchiavel et SunTsu en entreprise est peu commode, et que même si l’on venait à rendre la chose possible (gnark gnark), il ne faudrait pas négliger la gestion de sa propre image/réputation après la bagarre.
    Donc oui, prendre le temps de la réflexion, examiner les conséquences de nos rêves les plus fous, et faire un choix un peu plus posé, et plus « durable ».

    Après, sur le moment, une trahison fait mal. Mon vécu rejoindra en partie celui de Patrick. Ayant décidé de changé d’employeur parce que la situation devenait intenable, je passais des entretiens. Un recruteur à la morale élastique a signalé le fait à mon employeur, et mon départ s’en est trouvé « précipité ». J’ai du mettre au frigo toute potentielle vengeance sur le cabinet indélicat, au départ pour me concentrer sur ma recherche d’emploi, ensuite pour ne pas avoir de vagues pendant ma période d’essai. Le délai écoulé, la vengeance n’avait plus lieu d’être. Bénéfice de l’opération ? Une indemnité de départ alors que j’aurai sinon démissionné 3 semaines après, et 1 mois de congés entre les 2 jobs. A posteriori je n’aurai pas perdu au change, de là à remercier le « fautif », il y a un pas que je ne franchirai pas.

    1. Karine

      Bonjour Carine
      Merci pour ce partage de vécu.
      Que la trahison ait des bénéfices imprévus, c’est une chose, de là à en remercier le traître… ce serait juger l’intention à l’aune des effets secondaires, or son intention était bien de vous dénoncer auprès de votre employeur !
      A ce titre je ne franchirais pas non plus ce pas-là ;)

  3. Carine

    d’un autre côté, si on pousse le paradoxe jusqu’au bout, est ce que la pire vengeance quand on a été trahi n’est pas de montrer au traitre qu’on en a tiré des avantages qu’il ne soupçonnait pas, et faire ainsi qu’il n’ait plus envie ne nous refaire subir le même tour ? Un remerciement peut être une opération de manipulation sans une once de gratitude, si on est un peu comédien…..

    1. Karine

      Bonjour Carine
      Ah oui en poussant jusqu’au bout, on peut profiter de l’ironie du sort et faire un pied de nez au traître.
      Seulement, je me demande si ce n’est pas une histoire qui se joue entre nous et nous, car le traître avait-il bien une intention CONTRE nous ?
      Et au final je crains que la trahison ne soit essentiellement une affaire de blessure de l’ego, or l’ego est mauvais conseiller… et a tendance à rester insatisfait malgré tous nos efforts pour l’apaiser. D’où une rumination persistante plus ou moins douloureuse.
      Ceci n’empêche pas d’utiliser l’énergie née de l’envie d’en découdre ! Ma question est : comment l’utiliser à bon escient pour soi ?

  4. yara

    Bonjour Karine
    Le paradoxe, c’est que souvent la trahison vient de ceux qui -en apparence -adhèrent à votre démarche, à votre vision , pour ce qui me concerne cela m’a coûté mon poste ( j’ai en effet été appelée à d’autres fonctions …( avec tout ce que cette formule peut sous-entendre en termes de mise au placard ou encore de traversée du désert! ) aujourd’hui beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, et je m’apprête à assumer de nouvelles responsabilités, que je devine exaltantes, mais même si l’appréhension est là, je pense avoir suffisamment de recul pour m’enthousiasmer sans pour cela faire preuve de confiance béate. Et le temps, a été et demeure mon seigneur et maître, : les traîtres ont été débusqués, mon ancienne équipe, a réalisé que j’avais vu juste, et que ma façon de voir , de faire , n’est pas plus mauvaise que d’autres! mais pour moi avec nouvelle équipe, une nouvelle aventure commence!

    1. admin

      Bonjour Yara

      Merci de votre partage d’expérience. On peut y lire combien vivre une trahison laisse des traces et nous transforme pour la suite du parcours… au moins pendant quelques temps.
      Je vous souhaite une belle, nouvelle aventure.

  5. mika

    bonjour, pour mon expérience qui datent de ce vendredi je peux dire que je me suis senti trahi et arnaqué par mon meilleur ami et associé. j ai appris par 2 de nos clients qu il essayent de les détourné vers sa nouvelle société donc je n étais pas au courant et appris qu il fessait des ventes en douce au nom de notre société .ma première réaction a été de me confronté a lui et lui dire que c est un traître. A savoir que je connais cette personne depuis 5 ans qu une grande amitié c est installée entre nous et nous avons décidé avec son idée et mon argent de créé cette société en a peine 1 années cette société fut un grand succès. j ai été premièrement averti il y a 2 semaines par un de nos clients au Danemark auquel je n ai pas vraiment voulu croire et ce vendredi j ai été contacté par un autre clients qui ma donné la même version je lui et demandé d appelé au tel pour confirmez .et ça c est bien confirmée j ai une très grande envie de vengeance dans mon cœur j ai aussi peur de faire une erreur parce-que je connais des points en lui qui le feront très mal. je suis impeu perdue???
    est ce que vous pourriez me conseillez?

  6. keufran

    Bonjour,
    Cet article n’est pas récent … mais véritablement intéressant pour moi.
    Je vous explique mon problème. Bon pour commencer, j’ai commis une faute … que je reconnais sans problème.
    Bref. Je travaille depuis 3 ans avec une collaboratrice avec qui je suis (ou j’étais ) très proche. (je suis aussi son responsable hiérarchique) Trop peut être.
    S’il ne c’est jamais rien passé entre nous au de la d’une relation professionnelle, je n’en pensais pas moins. J’ai fini par lui avouer mes sentiments. Sa réaction à été très brutale. Après 3 semaines sans m’adresser la parole (je me suis excusé comme j’ai pu) elle a fini par envoyer un rapport de cet évènement à ma hiérarchie … et me retrouve dans une situation instable.
    Lequel des deux à trahis me direz vous. Moi qui a cassé notre relation, elle qui décide délibérément de me mettre dans une situation instable (je suis contractuel dans la fonction public, donc, en cdd et les fait peuvent être grave s’il sont prie comme du harcèlement)

    Je ne sais pas si je dois essayer de tempérer les chose et accepter mon éventuelle sanction, sans broncher, ou resserrer les choses et devenir extrêmement intransigeant avec ses erreurs à venir.

    Je vous remercie

    1. Patrick

      Juste mon avis :
      Je propose de respecter une certaine noblesse dans votre comportement.
      Vous avez été honnête en avouant vos sentiments, mais c’est toujours délicat dans une situation professionnelle, vous auriez pu être plus prudent. Pardonnez-vous votre erreur et défendez vos compétence si votre hiérarchie.vous demande des explications, et aussi votre capacité à revenir à une relation professionnelle constructive.
      Pardonnez à votre collaboratrice sa réaction de défense et traitez là avec égards en continuant à valoriser ses capacités et ses attitudes que vous aviez justement appréciées.
      Au delà, s’il doit y avoir sanction, vous n’y pouvez plus grand chose, alors pas d’autre choix que de l’accepter.

      1. keufran

        Merci Patrick pour ce précieux conseil.
        Effectivement, je n’ai plus que ça à faire.
        Prendre mon mal en patience … et attendre que la tempête passe … ainsi que toutes ses conséquences.
        Je vous tiendrai au courant des dénouements – je doute d’être le seul dans ce cas la.

        1. keufran

          Bonjour,
          Je conclu mon histoire.
          De retours de congés (hier) je suis convoqué par ma hiérarchie.
          A tête reposé, et face à ma chef, j’ai vraiment pris conscience du ridicule de la situation que j’ai créé.
          Pas de sanction, juste de bons conseilles en terme de gestion d’équipe et un bon rappel aux règles.

          Il me reste qu’a recoller les morceaux avec ma collègue, lorsqu’elle rentrera de congés à son tour, regagner sa confiance. J’ai conscience que ça prendra du temps.

  1. Comment rebondir quand on s'est senti "trahi" | Management durable | Scoop.it

    [...] Comment rebondir quand on s'est senti "trahi" From http://www.kolibricoaching.com – Today, 11:33 PM Comment gérer la trahison : clarifier son ressenti, recadrer sa perception, agir de manière constructive. [...]

  2. Comment rebondir quand on s'est senti "trahi" ? | Psychologie relationnelle | Scoop.it

    [...] Comment rebondir quand on s'est senti "trahi" ? From http://www.kolibricoaching.com – Today, 12:27 AM [...]

  3. Comment rebondir quand on s'est senti "trahi" | ML Coaching | Scoop.it

    [...] Comment rebondir quand on s'est senti "trahi" From http://www.kolibricoaching.com – Today, 8:33 AM [...]

  4. Comment rebondir quand on s'est senti "trahi" | Symetrix | Scoop.it

    [...] Comment rebondir quand on s'est senti "trahi" From http://www.kolibricoaching.com – Today, 10:33 PM [...]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.