«

»

Dirigeant, qu’avez-vous fait de vos valeurs ?

La semaine dernière je vous parlais des niveaux logiques, un modèle mis au point par Robert Dilts sur la base des travaux de Gregory Bateson. Intéressants pour le manager avec ses équipes, les niveaux logiques éclairent également les comportements et choix du dirigeant. En particulier le niveau des Valeurs et celui de l’Identité, souvent au coeur du coaching du dirigeant et du manager.

Les valeurs, dans les niveaux logiques, c’est ce qui est important pour nous, ce qui nous porte et donne du sens à nos actions. Elles ne sont donc pas forcément (voir pas du tout) morales. Exemples de valeurs : harmonie, persévérance, développement durable, créativité, compétition…

Ces valeurs propres à chacun se sont construites au cours de notre vie, certaines par l’influence de l’extérieur (éducation, société) d’autres par notre expérience personnelle (événements, rencontres,  convictions forgées au cours de la vie). Elles peuvent aller dans le sens de la société, ou s’y opposer : pas de notion de bien ou mal, mais ce qui est important à nos yeux.

Ce qu’il faut en retenir, ce que ces valeurs nous donnent une énergie importante quand nous agissons en cohérence avec elles. C’est ce qui s’appelle être aligné. A l’inverse quand nous ne sommes plus alignés, nous perdons de l’énergie et le sens de nos actes.

Voyons deux cas de dirigeants qui ne sont pas alignés avec leurs valeurs ; découvrons avec quelles conséquences, et ce qu’ils peuvent faire pour y remédier.

Cas n°1 : Loïc, la dérive loin du cap

L’histoire de Loïc :

Loïc dirige une belle société de 50 personnes dans l’impression numérique. Il reçoit souvent des compliments de personnes extérieures sur la santé de son entreprise, et sur la manière dont il l’a développée. Il faut dire qu’en 5 ans c’est un franc succès, l’entreprise a déjà atteint une vitesse de croisière rassurante. Pourtant Loïc ne se lève plus tous les matins avec l’entrain des débuts ; il est souvent de mauvaise humeur, s’agace de petites choses que font ses collaborateurs. Il procrastine aussi certaines tâches comme la production de documents pour l’administration ou la comptabilité ; vraiment il n’a pas envie de s’occuper de tout ça. Il ne comprend pas car à la création de sa société il a vécu des jours difficiles, bien moins agréables qu’aujourd’hui, et pourtant il regarde cette époque avec nostalgie.

Que se passe-t-il ? L’exploration des valeurs de Loïc donne la clé. Voici son trio de tête :

1. Innovation
2. Apprendre tous les jours
3. Liberté

La même exploration quelques années plus tôt – au moment de la création de sa société – aurait donné le même trio de tête.

Voilà la clé du manque d’enthousiasme qui a gagné Loïc et ce qui explique sa nostalgie des débuts : son job d’aujourd’hui n’est plus aligné avec ses valeurs.

Reprenons-les :

1. Innovation

Au début de sa société : les deux premières années, Loïc était seul à développer les idées et nouveaux produits. Il était dirigeant mais aussi créatif, business développeur, et commercial. Il innovait sans cesse, au contact direct du marché et des partenaires techniques.

Aujourd’hui : la société se repose sur quelques produits phares qui ont un grand succès, et depuis deux ans un directeur de l’innovation et du développement se charge de toute la partie Innovation.

Constat : le job de Loïc est plutôt coupé de l’innovation, or c’est sa valeur clé !

2. Apprendre tous les jours

Au début de sa société : même sur un segment de marché déjà balisé, Loïc a eu besoin d’apprendre tous les jours sur les attentes des clients, les technologies à sa disposition, etc. De plus c’était sa première création d’entreprise, et il a dû beaucoup apprendre « sur le tas ». Une époque passionnante pour lui !

Aujourd’hui : la société a pris son envol, elle est structurée, Loïc se retrouve en zone de confort dans la plupart des aspects de sa vie de dirigeant. Il n’apprend plus autant, il affine seulement ses connaissances.

Constat : le job de Loïc n’est plus relié à sa valeur « Apprendre tous les jours » !

3. Liberté

Au début de sa société : Loïc a décidé seul de créer sa société et il en a défini l’identité en toute liberté. Les premières années l’ont enchanté par les libertés qu’il avait : choix de stratégie très ouvert, agilité permettant des réajustements rapides, liberté de prendre les risques qu’il voulait… pour innover.

Aujourd’hui : avec 50 employés, des clients fidèles et des produits à succès, Loïc se sent moins libre de ses mouvements. Ce qui semblerait avantageux et plaisant à un autre dirigeant – le fait d’être lié à des employés et des clients – lui le vit comme une contrainte, une entrave à sa liberté.

Constat : le job de Loïc contrarie sa valeur Liberté.

Voici un schéma pour mieux visualiser ce décalage  :


J’ai volontairement laissé un « ? » sous l’identité actuelle de Loïc. Lui qui se définissait comme un entrepreneur il y a cinq ans, comment pensez-vous qu’il se définit aujourd’hui s’il regarde ses Capacités, Comportements et Environnement?

Peut-être répondra-t-il avec dépit « je suis devenu un gestionnaire » ; cette identité ne lui convient pas du tout, il est resté entrepreneur dans l’âme, avec les valeurs associées (Innovation, Apprendre tous les jours, Liberté).

Conclusion

Loïc est représentatif d’une problématique de valeurs très courante chez les dirigeants, car entre la création d’une entreprise et sa gestion en vitesse de croisière, les priorités changent ainsi que la nature du métier de dirigeant.

Passer d’entrepreneur audacieux à gestionnaire raisonné touche parfois à des valeurs fortes, et demande de trouver une source d’énergie différente de celle du départ (qui coulait naturellement de l’alignement avec les valeurs liées à la création d’entreprise).

Dans ce premier cas, le dirigeant n’est plus aligné la nature de son métier et ce qu’il fait au quotidien s’est progressivement décalé de l’axe de valeurs fortes restées les mêmes.

Voyons un second cas dans lequel le dirigeant continue d’agir en ligne avec ses valeurs… alors que ce sont elles qui ont bougé sans le dire !

Cas n°2 : Laurence et sa nouvelle étoile polaire (quand le coeur n’y est plus)

L’histoire de Laurence :

Laurence dirige une agence conseil en communication et marketing. Elle a rejoint l’agence quelques années après sa création, en tant que directrice conseil, puis a pris le poste de DG. Son parcours sur quelques années donne l’image d’une passionnée qui a investi beaucoup dans le travail ; aussi, son PDG s’étonne-t-il de la trouver moins enjouée depuis quelques mois. Elle est toujours très efficace et dévouée à l’entreprise, mais quelque chose a changé… comme si le coeur n’y était plus ?

Regardons les valeurs  de Laurence. En première réponse, elle donne les suivantes :

1. Etre engagée dans son travail
2. La réussite professionnelle

Elle ajoute qu’elle a toujours suivi ces deux valeurs comme des étoiles dans son parcours. Elle a d’ailleurs du mal à comprendre que d’autres prennent le travail à la légère. Non vraiment, il faut être engagé dans son travail et réussir professionnellement.

L’insistance de Laurence à justifier ces valeurs, et la tournure « il faut » me mettent la puce à l’oreille. Qu’en pensez-vous ? Ces valeurs sont-elles bien ses valeurs clés à elle, aujourd’hui ?

Je souligne ces mots car là est le coeur du problème : Laurence vit d’après d’anciennes valeurs qu’elle n’a pas remises en question. Un travail de coaching ou une réflexion approfondie lors d’un week-end au grand air avec des amis bienveillants, lui permettrait de mettre au jour ses valeurs d’aujourd’hui.

En l’occurrence, pour Laurence, c’est :

1. Fonder une famille
2. Prendre le temps
3. Etre engagée dans son travail
4. La réussite professionnelle

Surprise ! Les deux valeurs d’hier n’ont pas disparu, mais elles sont passées au second plan derrière deux valeurs très différentes… et en opposition avec les premières. Changement à 180° ! Les anciennes étoiles brillent moins fort, et deux nouvelles appellent Laurence de tous leurs feux.

Or du côté du comportement, Laurence continue à oeuvrer dans le sens de son ancienne hiérarchie de valeurs : elle fait passer son travail en premier dans son emploi du temps, elle rapporte du travail le week-end à la maison, elle n’a pas une minute pour elle et laisse son mari s’occuper de leur fils de 18 mois. Elle ne vit pas en phase avec les nouvelles priorités qui l’animent intérieurement, pire, elle vit en opposition avec elles.

Comment est-ce possible ? C’est bien humain : êtres d’habitude, nous poursuivons notre course en gardant le cap défini jadis, et la prise de conscience du nouveau cap n’est pas facilitée par nos existences sans recul. En outre même quand nous prenons conscience que nos valeurs et priorités ont changé, notre vaisseau possède une inertie qui retarde le moment où il peut virer de bord… vers le nouveau cap, vers les nouvelles étoiles.

Conclusion

Laurence  est un exemple typique de dirigeant dont les valeurs/priorités ont évolué avec le temps, et qui continue à vivre en suivant d’anciennes valeurs. Elle ne s’est pas rendu compte qu’intérieurement, une nouvelle constellation avait pris la place principale ! Et se demande pourquoi le coeur n’y est plus. Prendre conscience de ce changement de constellation n’est pas aisé, et le mettre en oeuvre pas davantage car il faut alors savoir renoncer à des habitudes (zone de confort) et d’anciens rêves… un deuil est donc à faire pour réussir le changement de cap.

A vous ! Questions de coach :

Connaissez-vous vos valeurs ?
Qu’est-ce qui est important pour vous ?

  • Listez 3 valeurs importantes pour vous aujourd’hui
  • Demandez-vous si votre travail actuel est en ligne avec elles
  • Qu’en dites-vous ? L’histoire de Loïc ou celle de Laurence résonne-t-elle pour vous ?
La réponse est en Vous !

Que puis-je pour vous ?

Le travail de coaching permet de définir ou redéfinir ses valeurs de manière précise, et de se (re)connecter avec elles.  Une aventure qui recèle souvent quelques surprises !
Si vous ressentez le besoin de redéfinir vos priorités, d’explorer vos valeurs et de vous réaligner, contactez-moi

1 ping

  1. Les valeurs du dirigeant – Niveaux logiques & sens chez les dirigeants « Portail sur le Coaching d'Intelligence Collective a dit :

    [...] les niveaux logiques éclairent comment elles influencent ses choix. Voyons deux cas de dirigeants.Via http://www.kolibricoaching.com Share this: Intelligence collectiveShareLinkedInFacebookTwitterJ'aimeJ'aime  [...]

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.