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Performance et risque : l’art de tirer sur la corde


La montagne a le chic pour nous enseigner l’écologie personnelle. Chaque année j’en reviens avec quelques leçons. L’an dernier c’était l’art d’ aborder le changement ; cette année, c’est la manière de tirer doux sur la corde pour concilier performance, plaisir et écologie. Savoir écouter les signaux faibles, sentir les limites, dans une perception très personnelle de l’excès. Décider en conscience de jouer dans la zone rouge, ou non, c’est gérer le risque sur le fil entre performance immédiate et performance durable.

 

L’histoire :

Ça a commencé, comme souvent, par un signal faible. Au milieu d’une foule de courbatures bien méritées – on ne skie pas impunément de manière intensive après un an d’arrêt – une douleur légère sous les rotules. Un détail. Un détail qui a amené la question suivante : écouter ou ne pas écouter ? Considérer l’alerte ou passer outre ?
J’ai pris la première option, et je lui dois probablement d’avoir pu poursuivre l’activité sportive jusqu’au bout de la semaine.
Car en écoutant et en cherchant, j’ai trouvé les solutions adaptées (pause de quelques heures, étirements, adaptation du geste) qui ont fait disparaître le signal faible, avant qu’il ne s’intensifie et ne signale pour de bon, peut-être, un mal irréversible. En réponse, j’ai pu vraiment profiter de la générosité de mon organisme, comme en remerciement du respect que je lui avais témoigné.

En entreprise, nous sommes nombreux à nous dépasser quotidiennement, sans tenir compte de la fatigue, du surmenage, des doses trop régulières de stress que notre organisme ne sait plus traiter.

Le sport en montagne et l’activite sportive en général nous permettent de ressentir d’une autre manière cet équilibre de la performance et du dépassement de soi.
Nous tirons sur une corde dont l’âme est parfois à nu, sans que nous en ayons conscience : parfois nous situons clairement nos limites, parfois elles nous sont inconnues.
Jusqu’à un certain point, notre organisme sait s’adapter à l’effort avec élasticité ; il se régule et se répare. Au-delà d’un point de non retour, c’est la casse et son prix parfois élevé (arrêt, traitement médical, burn-out…)
Comment gérer sa performance de manière écologique, pour qu’elle soit satisfaisante ET durable ?
Deux pistes complémentaires :

1. Conscience, écoute et perception

La première étape essentielle de la performance écologique, c’est l’écoute et la perception des différents signaux.

C’est aussi la conscience que les limites existent. Ces limites qui varient avec le temps : certains jours votre attention diminue plus rapidement, la fatigue vous gagne plus vite, etc. Certains hivers, vous résistez à tous les surmenages, évitez tous les virus, vous êtes invincible.

La bonne écoute est donc dans l’ici et maintenant, et libérée des croyances « illimitantes » du super-héros (comme « je suis au-dessus du burn-out », « je n’ai pas besoin de plus de 4h de sommeil par nuit », « d’habitude j’arrive à être efficace 12h par jour, pourquoi ça changerait? »).

Des valeurs fondatrices pour cette conscience écologique de soi-même peuvent être :
- le respect : respect d’un organisme qui nous permet tant de choses sans se plaindre, mais nous jouera des tours s’il est traité comme un esclave
- la tempérance, la mesure et l’équilibre : contre les excès et abus
- la patience et l’acceptation :  l’écologie de soi, c’est aussi trouver des solutions en acceptant l’idée que l’une d’elles est peut-être d’arrêter un temps !

Tiens, n’y aurait-il pas là des piliers de la sagesse orientale ?

Quelques pièges sur le chemin de cette sagesse :

- l’injonction « Sois fort », le driver préféré de ceux qui ne s’écoutent pas et vont de l’avant quoi qu’il arrive
- la comparaison : avec soi-même à d’autres moments plus en forme, avec d’autres plus performants ici et maintenant. Chacun ses ressources et ses limites !

Exemple :

Fanny vient de vivre un trimestre de suractivité avec l’ensemble de son équipe commerciale. Elle ressent le besoin de souffler, mais elle voit son collègue Marc, manager lui aussi d’une équipe commerciale, continuer sur sa lancée dans une activité intense. Elle se dit que si Marc tient bon, c’est que c’est faisable. Quelques semaines plus tard, Marc ralentit, mais Fanny est déjà en burn-out.

Une autre bonne raison de ne pas se comparer réside dans les gestions très personnelles du risque.

2. Gestion du risque

Une fois que nous avons conscience des signaux de notre organisme, nous choisissons d’y répondre d’une manière ou d’une autre.
C’est dans cette décision qu’entre en jeu la gestion du risque.

En effet, tout l’enjeu (et le jeu avec le feu) est de connaître le point où ça casse, où la corde rompt.

Je me rappelle d’une navigation en Bretagne sur un voilier dont le jeu de voiles avait vécu une transat. L’écoute du gennacker présentait un point d’usure marqué où l’on voyait l’âme à nu. Nous avons malgré tout utilisé cette voile pour naviguer, en nous demandant si elle tiendrait. Le lendemain un vent un peu fort et/ou un bordage un peu serré sur cette voile ont tranché à notre place : un grand « bam! » et le gennacker libéré par son écoute rompue, dansait comme un diable à tribord.

De l’écoute de la voile à l’écoute de l’oreille, il y a la gestion du risque, et un curseur à déplacer.

risque 0 : je stoppe net au moindre signal, je ne prends aucun risque, principe de précaution. Problème – ou pas – ce choix va contre la performance
risque 1 : je continue, mais en réduisant nettement l’effort, avec prudence
risque 2 : je continue,  en réduisant légèrement l’effort, et on verra bien
risque 3 : je continue comme si de rien n’était
risque 4 : (pourquoi pas) je continue encore plus fort. Ici, est-ce du risque ou une certitude d’aller à la casse ? Inconscience ?

Quelques pièges qui nous poussent à grimper sur l »échelle du risque :

- l’envie de plus de performance
- l’esprit de compétition, l’émulation avec les autres autour de soi

Exemple :

Marc a senti sa fatigue, il a continué un temps en risque 3 puis en risque 2. Au final, il n’a ralenti que modérément et sur une période courte et a pu repartir « plein pot » au bout de deux semaines, ses signes de fatigue s’étant atténués. Fanny en revanche, n’a pas écouté sa propre fatigue, elle s’est calée sur Marc. Au final elle s’est montrée plus productive sur les deux dernières semaines… sauf qu’elles lui ont coûté 2 semaines pleines d’arrêt maladie pour épuisement ! Qui a fait le meilleur calcul ?

Conclusion

L’art de tirer avec justesse sur la corde sans jouer avec le feu nécessite une bonne conscience de soi et de ses limites, une écoute de soi indépendante de l’exemple des autres, et une fine gestion du risque. Savoir doser l’effort et tirer sur la corde juste ce qu’il faut pour trouver le meilleur équilibre entre performance et préservation de ses ressources. Trop tirer sur la corde c’est souvent un pari gagnant à court terme, mais largement perdant à moyen terme. Sachant qu’à la différence d’une corde, notre organisme est vivant et se régénère si on lui en laisse la possibilité, aller jusqu’à la casse n’est-ce pas un vrai gâchis et un piètre management de soi ?

Que puis-je pour vous ?

Le coaching permet d’éclairer nos fonctionnements et ce qui les motive ; il nous accompagne dans l’exploration de nos limites et de nos ressources. Si vous ressentez le besoin de mieux manager votre performance pour trouver un meilleur équilibre, pensez au coaching !

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