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Manager un… hyper stressé

Vous en avez forcément connu un, une fois dans votre carrière. Une pile électrique, un réacteur sur pieds, un agité permanent, bref, une personne qui semble programmée pour stresser et qui diffuse son stress autour d’elle. Il peut s’agir d’un collaborateur, d’un collègue ou d’un chef, dans tous les cas la question est la même : comment manager un hyper stressé ? Comment gérer la relation avec lui/elle ainsi que ses propres réactions à ce stress étranger ?

Préambule : le stress est une réalité douloureuse pour beaucoup de salariés. Il fait partie des risques psycho-sociaux qui font l’objet d’une surveillance accrue depuis quelques années. Ce billet traite du sujet sur un ton qui se veut léger, il est ici question des personnalités à tendance stressée, des inconvénients de ce stress pour eux-même, leur manager et collègues, et des pistes de réponse à cela.

1er cas : Stéphane, chef de projet junior « Oh la la la la »

Portrait :

Stéphane est dans le service depuis 8 mois, c’est son premier job. Il veut bien faire et s’investit beaucoup, jusqu’à rester tard le soir. Son manager en est ravi et y voit des avantages ; en revanche ses collègues se plaignent du stress que Stéphane dégage du matin au soir. En effet, dans l’openspace chacun est concentré mais Stéphane bouge sans cesse, se déplace pour poser des questions à l’un, à l’autre. Il vient parfois interrompre un collègue pour lui demander une aide de toute urgence sur un projet. Pour Stéphane tout est urgent, et tout est important aussi. Il expose ses difficultés de façon désordonnée, car il est dépassé par les évènements. Il lui arrive même d’avoir les larmes aux yeux en disant « je ne vois pas comment je peux gérer tout ça! Oh la la la la… »

Décryptage : Stéphane n’a pas une grande résistance au stress. Il se laisse rapidement envahir par son stress et panique très facilement. On pourrait dire qu‘il porte sa zone de confort très près du corps, façon lycra. Au-delà, c’est l’inconnu et donc la Mer de Tous Les Dangers. Résultat, dès qu’il ne maîtrise pas tout, il perd tous ses moyens. C’est un problème car cette panique rend Stéphane inefficace, et à stresser aussi ses collègues.

Profil type : Stéphane est typique du jeune employé très impliqué et « Sois parfait » (lire l’article sur le Sois parfait ). Son manque d’expérience combiné à sa volonté de tout faire et de le faire parfaitement, le met sous pression. Des croyances erronées liées à ce que l’entreprise attend de lui, ou au jugement des autres sur lui, sur sa valeur etc. font de son job une mission à haut risque. De plus, il a souvent une perception déformée de la réalité des tâches : il les voit plus difficile qu’elles ne sont.

Comment manager Stéphane : Vous êtes son collègue ou son manager et le stress de Stéphane pollue autant vos journées que les siennes. Quelques pistes de réflexion et d’action pour améliorer la situation…

a) le self-management
La première étape c’est de vous manager vous-même pour ne pas vous laisser contaminer par ce stress ! (lire l’article sur la contagion émotionnelle ). Sous stress, nous ne réfléchissons pas non plus et c’est l’amygdale qui parle, or, vous avez besoin de votre tête pour les étapes qui suivent. Peut-être avez-vous une grande résistance au stress extérieur, tant mieux. Si ce n’est pas le cas, comment pouvez-vous faire pour empêcher le stress de Stéphane de vous envahir ?

b)  la bienveillance maternelle
Stéphane a peur, il a besoin d’être rassuré. Bonne âme, vous décidez de lui porter secours en le soutenant moralement et techniquement : paroles d’encouragement et coup de mains sur ses dossiers.
Bonne piste ? A voir… Si vous le cocoonez ainsi cela ira peut-être mieux sur le moment, mais il faudrait être là à chaque petit incident de sa journée : un email un peu vif d’un client impatient, une imprimante à court d’encre bleue au moment où il doit imprimer la plaquette, et c’est de nouveau la panique. Mamaaaaaan !

c) le leadership coach
Vous pouvez aussi encourager Stéphane à prendre de l’assurance en projetant sur lui à la fois votre confiance en lui et votre exigence, c’est-à-dire que vous croyez en lui, qu’il est capable de réussir, mais que maintenant il faut s’y mettre !
Piste à tester… (lire l’article sur le leadership « coach » )

Et vous, que feriez-vous face à un Stéphane ?

2ème cas : Lydia, business développeuse « C’est hypeer stratégique »

Portrait :

Lydia est « business développeuse » et passionnée par son travail. Elle a d’ailleurs pris un congé maternité taille XS pour récupérer vite son poste sans en manquer une miette.
Son stress est très différent. A première vue, elle est dans sa zone de confort, dans un métier qu’elle maîtrise. Elle connaît bien ses clients et les rouages de son entreprise. Elle n’a donc pas de problème d’adaptation à son environnement professionnel.
Et pourtant, Lydia est une machine à stresser. On la croise dans les couloirs, les yeux écarquillés et les talons pilonneurs, toujours au milieu d’une phrase qu’elle termine dix mètres plus loin (vous aurez soit le début… soit la fin). Demandez-lui « ça va? », elle vous répondra quelle que soit l’heure « Oui-oui-je-suis-charrette-sur-le-dossier-Z-on-est-short-dans-les-délais-j-essaye-de-tenir-la-deadline-ce-soir-c-est-pizza » (traduction « Oui oui, je suis débordée sur le dossier Z, nous sommes en retard sur les délais et pour les tenir je ferai une nocturne à l’agence ce soir »). Ne faites pas l’erreur de lui dire que rien ne presse, elle s’offusquera « Mais tu ne te rends pas compte, c’est hypeeer stratégique ! »

Profil type : la directrice conseil en agence de communication entre 30 et 45 ans (c’est ma croyance !) Elle a plus d’expérience que le précédent, plus de « bouteille » comme on dit mais elle vit le stress comme une adrénaline qui donne de la saveur à ses journées de travail et lui permet de se sentir efficace. Ou alors elle a besoin de se sentir, ou de paraître, débordée. Pour peu qu’elle ait un Driver « Dépêche-toi », c’est le pompon, vous êtes face au lapin d’Alice au Pays des Merveilles. Les mauvaises langues diront qu’elle brasse de l’air…

Comment manager Lydia :
Vous êtes son/sa chef ou son collègue, vous partagez son bureau et Lydia vous stresse par ce qu’elle dégage. Elle parle vite, elle ne respire pas, elle ne vous écoute pas, vous n’arrivez pas à capter son attention, elle court toujours. Vous, vous aimeriez parfois travailler avec elle dans le calme, pour mener une réflexion de fond sur un sujet, ou pour travailler plus efficacement ; parce que finalement, toute cette agitation n’est pas toujours productive (à trop en faire, on défait parfois ou on jette).

Et vous ? Vous avez une Lydia dans votre entourage professionnel, qu’est-ce que cela vous fait ?
Que ressentez-vous en sa présence ?
Quels effets sur vous, vos pensées et actions ?
Moi, en présence d’un(e) hyper-stressé(e) – et si je ne fais rien pour me préserver ! – mon rythme cardiaque augmente, mes pensées se brouillent,  un lot de sensations et d’émotions négatives peut m’assaillir, je peux ressortir contaminée et… stressée.

Quelques pistes de réflexion et d’action pour améliorer la situation…

a) le self-management
Comme avec Stéphane, le stress de Lydia peut vous contaminer. Est-ce le cas ? (voir l’encadré ci-dessus) Quelles conséquences pour vous?
Le cas échéant, quelles options avez-vous pour l’éviter ? A vous de jouer ! Changer de bureau, mettre en place son bouclier mental, ne pas prendre Lydia au sérieux, faire « Oooooommmm » en soi-même : chacun sa stratégie.

b) la déflation
La déflation, c’est dégonfler le ballon. Les stressés comme Lydia fonctionnent à l’inflation, ils ont tendance à exagérer l’urgence, l’importance, la gravité des faits. Comme un ballon dodu… ou l’art de brasser de l’air, on y revient.
Une clé, donc, c’est ramener ce ballon sur terre et proposer de le dégonfler un peu.
Comment ? A vous de trouver la manière qui vous convient en fonction de vos objectifs!

Quelques idées… en l’air :

  • utiliser votre posture et votre langage corporel (« body language ») pour inviter l’hyper-stressé(e) à descendre son rythme. Vous avez sûrement déjà croisé ces personnes semblables à de grands chênes, tranquilles et stables, presque immobiles dans la tempête. En leur présence le stressé s’apaise. Reste à voir si vous savez le faire, et le faire sur commande !
  • créer la rupture, proposer une diversion pour un changement d’état. Votre interlocuteur s’agite en tous sens, répète les mêmes propos, n’entend rien. Il tourne en boucle : mettez le doigt dans la boucle. Comment ? En proposant autre chose, en changeant de sujet complètement. Ex : « au fait finalement, ta fille, ça s’est bien passé son spectacle de danse ? » L’avantage, c’est que votre interlocuteur sort de son état de stress pendant quelques minutes ou plus. Seulement voilà, est-ce durable ? Il risque de retourner rapidement à son état initial après cet intermède.

L’étape suivante pour un changement plus durable, c’est de susciter la prise de conscience chez le stressé en éclairant l’écart entre sa perception et la réalité.

La clé : réalité et recul

Pour ne pas entrer dans la psychologie de vos collaborateurs, revenons au dénominateur commun de ces stress professionnels.

Le point commun que partagent Stéphane et Lydia, c’est l’imagination. Nicolas est dans la peur et les croyances, Lydia scénarise ses journées pour croire ou faire croire qu’elle est très occupée.

Selon l’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail, le stress professionnel survient :

« lorsqu’il existe un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. »

C’est le syndrome « Je ne vais pas y arriver. »
L’antidote tourne autour d’un concept de réalité concrète, mis en face de la perception qui génère du stress.
Peut-être la difficulté n’est-elle pas si grande ? Peut-être le stressé a-t-il plus de ressources qu’il ne l’imagine ?

Ex :
Stéphane, que se passera-t-il concrètement si tu fais une erreur sur ce dossier ? (… réponse de Stéphane… ) Et alors ? Quelles seront les conséquences ?

Tiens, mais c’est une technique de coach ça ? Oui ! Le manager peut l’utiliser simplement en ramenant son hyper stressé dans le concret. C’est une manière de dégonfler le ballon.

Seulement voilà, même avec votre talent de manager, le stress de Lydia et de Stéphane risque de revenir. Car le problème c’est que Stéphane, Lydia et consors ont de bonnes raisons d’être des hyper stressés ! C’est leur fonctionnement habituel, fondé sur de vraies raison – n’espérez pas le changer pour rendre Lydia et Stéphane aussi zen que vous.

La difficulté : bénéfice, croyances & drivers

Aussi curieux que cela puisse vous paraître de l’extérieur – à vous si calme et posé(e) – c’est pourtant très probable : Lydia a des bénéfices à rester dans cet état de stress permanent, quand bien même si elle le paye par ailleurs.

Ces bénéfices lui sont personnels, comme le sont ceux de Stéphane. Par exemple, le stress de Lydia lui sert peut-être à paraître très occupée donc indispensable, elle qui craignait de ne pas retrouver sa vraie place à son retour de congé maternité. Ou alors, peut-être que ce stress lui permet d’être en alerte permanente et de faire attention à de nombreux détails. Dans tous les cas il lui est utile et pour elle cet apport pèse plus lourd que son coût.

Les bénéfices créent une résistance à celui qui veut changer son comportement - d’où la difficulté ici à renoncer au stress.

En plus des bénéfices, le stress est alimenté par des croyances et des drivers propres au stressé, qui mettent de l’huile sur le feu.

Les drivers : Stéphane se dit peut-être, par exemple, « je n’ai pas le droit à l’erreur » (Sois Parfait) et Lydia « Il y a tant à faire, pas le temps de lambiner » (Dépêche-toi).  Ces injonctions intérieures sources de stress, sont d’autant plus tenaces qu’elles ne sont pas conscientes !
Voir l’article sur les drivers

Les croyances : Stéphane pense beaucoup de choses qui alimentent son stress.

Exemples de croyances de Stéphane :

« Ceux qui réussissent ne font jamais d’erreur. »
« Avec la crise seuls les meilleurs resteront. »
« Au stade où j’en suis je devrais être capable de gérer 6 clients en parallèle. »
« L’entretien annuel est bientôt, ce n’est pas le moment de me planter ou je le paierai cher. »
« Les autres travaillent plus vite que moi, je suis lent. »

Vous imaginez, travailler toute la journée avec ce type de pensées en tâche de fond ? J’espère que cela ne vous arrive jamais, à vous (rires).

Drivers, croyances, habitudes, voilà un système bien huilé pour l’hyper-stressé.

Conclusion :

Manager un hyper stressé, ce n’est pas le faire changer. C’est trouver un modus vivendi pour vous si ce stress vous pollue, d’une part. Et d’autre part, proposer autre chose à cet hyper stressé si vous constatez que son stress n’est pas productif. Il est bien question de proposer : à la personne de choisir, c’est son écologie personnelle, vous ne pouvez pas déterminer à sa place ce qui est bon pour elle.

2 comments

  1. Guillaume

    Bonjour,
    Merci beaucoup pour ce post très instructif.
    Je me suis retrouvé à 100% dans votre description de Stéphane : La difficulté a gérer les priorités, la transmission du stress, prendre tout à cœur, l’envie de perfection etc…
    Auriez vous des conseils pour corriger ce comportement ?
    Merci d’avance pour votre réponse.

    1. admin

      Bonjour Guillaume,

      Merci pour votre commentaire.

      Vous vous êtes reconnu dans le portrait de Stéphane, et vous vous dites que je pourrai sûrement vous apporter des conseils puisque je semble bien connaître votre situation. C’est assez logique !
      En fait, vous proposer des conseils serait bien prétentieux de ma part (comme si j’avais des recettes qui vous échappent). Ce serait aussi, paradoxalement, vous empêcher de vous développer vous-même. De mon point de vue de coach, chaque « Stéphane » a ses propres solutions, qui prennent toute leur force quand c’est « Stéphane » lui-même qui les trouve… éventuellement avec le support d’un coach.

      Ainsi, la seule manière dont je puisse vous aider aujourd’hui, si vous en ressentez le besoin, c’est par un accompagnement (coaching) sous la forme d’entretiens.

      Bien cordialement,
      Karine

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