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Je ne veux plus manager !

Je suis tombée récemment sur un article qui évoquait ces moments où un manager part travailler à reculons. Il m’a donné l’envie d’aller plus en profondeur dans ce sujet fort pertinent du découragement, ou ras-le-bol, du manager. Si l’excellent Gymnase du Management a pour slogan « il faut être un peu fou pour vouloir manager », c’est que la mission managériale n’est pas de tout repos. Que faire quand sa motivation s’épuise, et que l’on se dit « je ne veux plus manager » ?

Nous le savons, le manager est pris entre la direction et les équipes, il a position difficile, parfois ingrate. Ses résultats dépendent de ceux de son équipe, sur laquelle il a bien sûr moins la main que sur les siens. Sa légitimité est parfois mise en cause (lire Les 10 plaies de la légitimité managériale). Que faire quand rien ne va plus et que le manager n’a plus envie de se lever le matin pour aller à l’école travailler ?

Se forcer semble une solution seulement à court terme : la résistance risque de s’accroître. Voyons les avantages à s’écouter vraiment pour mieux repartir (ou ne pas repartir !)

Reculer pour mieux trier

Une première étape de bon sens mais essentielle : prendre du recul.
En quoi est-ce important ? Pour sentir ce qui se passe et séparer les éléments - ce qui est impossible quand on est pris dans le feu de l’action, le nez dans le guidon.
Cela peut impliquer du temps, par exemple sous forme d’une pause, d’une ou deux journées « off ».
Trier et séparer permet de sortir de la généralisation, et des amalgames stériles.
Exemple :
« Je ne suis jamais entendu par mon équipe, je manage dans le vide, à quoi bon ? »
Devient après une prise de recul :
« J’ai du mal à faire appliquer les changements d’organisation décidés par la direction, parce que je n’y crois pas beaucoup et que je n’ai pas les arguments pour les défendre » - ce qui n’est pas la même chose !

Pistes de réflexion :

- Est-ce la partie « management » qui ne va pas ? Ou le reste de mon métier quotidien ?
- Qu’est-ce qui ne me convient pas ou plus ?
- Suis-je fatigué(e), lassé(e) ou insatisfait(e) ?

Et pour mieux répondre à ces questions, les émotions sont précieuses.

Le secours des émotions

En faisant travailler notre cortex avec notre cerveau limbique, siège des émotions, nous pouvons en apprendre davantage sur ce qui nous arrive.
Quelles émotions se manifestent à l’idée d’aller au bureau ? Quelles sensations ?
A quoi exactement mon organisme est-il en train de dire « STOP » ?

Y a-t-il de la colère ? Qui m’indique que mes limites ont été dépassées, mes valeurs offensées, etc.
Y a-t-il du dégoût ? Qui traduit un « trop de », des excès que je ne peux plus tolérer
Y a-t-il des peurs ? Du doute, de l’angoisse, etc., qui m’indiquent un besoin d’être rassuré(e)

Les émotions peuvent être mêlées, il est parfois difficile de les identifier clairement. Pour cet auto-diagnostic émotionnel, un critère qui peut aider est le niveau d’énergie.

Mon énergie est-elle haute ou basse ?

Energie haute

Quand l’énergie est haute, il y a tension et les émotions peuvent être globalement de deux familles :
a) colère : sentiments d’insatisfaction, agacement, sensation d’être coincé
b) peur : état d’alerte, grande vigilance, stress ou panique

Si c’est a), vous vivez ce moment de rejet de l’activité managériale avec l’idée que quelque chose ne vous convient pas ou plus ; quelque chose est en déclin, ou s’est altéré.

Les émotions liées sont de la famille de la colère, comme la frustration, l’envie de changer les choses. Globalement, vous êtes dans une phase de remise en cause de quelque chose (mais quoi ?)
>> Lire à ce sujet la phase 2 du cycle du changement de Hudson

Si c’est b), vous êtes davantage dans la peur, peut-être le doute, ou l’anxiété.
Il s’agit d’identifier le danger, réel et fictif, et d’y répondre pour sortir de cet état d’alerte.
>> Lire à ce sujet l’article très complet sur la Peur, de Marie-Pierre Glenisson

Energie basse

L’énergie basse c’est une sensation d’être vidé(e), en recherche de cocooning (repos, tranquillité, retrait).
Les émotions liées sont de la famille de la tristesse, comme la déception, le regret, la mélancolie, la solitude etc.
Globalement, vous avez peut-être passé un cap et êtes sur le point de renoncer à quelque chose.

Frederic Hudson dont j’ai déjà présenté le principe du changement continu, a également théorisé le cycle de notre changement intérieur.
>> Lire : Le cycle du changement intérieur

L’idée générale à retenir, c’est que si l’énergie reste haute et les émotions de l’ordre de l’insatisfaction, les solutions peuvent être des aménagements en restant dans le même cadre (changement de type 1).

Ex :

Sarah n’a plus envie d’aller jouer son rôle de manager. Elle est lasse de voir régulièrement sa direction la court-circuiter en adressant des demandes directement à son équipe – demandes qui contredisent parfois ce qu’elle-même a décidé ! Sarah en a marre, ras-le-bol, alors elle a du mal à se motiver le matin. Lors d’une séance de coaching, Sarah prend conscience qu’elle aime vraiment son travail et qu’elle en veut à sa direction de lui mettre des bâtons dans les roues. Elle décide d’agir auprès de sa hiérarchie en exprimant ce qu’elle vit, ce qu’elle veut et ne veut pas, de quoi elle a besoin pour bien faire son travail etc.

Sarah a mis en place des changements restreints, sans toucher à des choses plus profondes, contrairement à Alain dont l’exemple suit. Quand l’énergie reste basse, il se peut que des changements plus profonds soient nécessaires.

Alain n’a plus du tout envie d’aller manager ce matin. Il est écoeuré, épuisé et un peu triste, au fond. Depuis deux ans il donne tout pour atteindre les objectifs et garder son équipe motivée ; il court après la performance, et chaque fois qu’il décroche le résultat tant espéré, la direction lui demande d’aller plus loin. Hier, son N+1 lui a demandé de « serrer la vis » à son équipe, de leur en demander plus encore, en annulant des congés d’hiver pour répondre à une demande de clients. Alain n’a plus envie de manager dans ces conditions, il est déçu de voir que les valeurs affichées par son entreprise ne sont pas vécues dans les actes : où sont le respect des personnes et la liberté mille fois copiés-collés sur des documents corporate ? Ce sont ces valeurs-là qui lui plaisaient dans l’entreprise.

Alain sent qu’il s’est éloigné du projet de son entreprise, parce qu’il ne lui correspond plus. Le changement qu’il est en train de préparer est un vrai départ, vers une autre mission. Les émotions qu’il vit parlent de ce qu’il est en train de lâcher.

Savoir si je suis dans le cas de Sarah ou d’Alain, si je dois trouver des aménagements ou partir vers un changement plus profond, ce n’est pas toujours simple. Le coaching peut y aider, mais déjà sortir du contexte et de tous les automatismes que nous y associons, c’est un pas vers le diagnostic (raison pour laquelle les vacances donnent de très bons résultats en matière de prise de recul et de décisions !)

Alain et Sarah ont un point commun, leurs valeurs sont chatouillées (ou davantage) par les événements.

Valeurs et priorités

Un autre angle pour aborder la démotivation, c’est vérifier que mon travail quotidien de manager est en ligne avec mes valeurs : c’est-à-dire en ligne avec ce qui est important pour moi actuellement (car nos valeurs évoluent dans le temps).

Si c’est le cas, j’y trouve en général du sens, de la satisfaction et de la motivation.
Quand ce n’est pas le cas il peut y avoir décalage, voire inadéquation complète – comme pour Alain. De petits aménagements sont alors souvent insuffisants, contrairement au cas de Sarah plus haut. Il est nécessaire de passer le cap d’un changement « de type 2″ : changement plus profond.

Comment savoir si mon métier actuel est aligné avec mes valeurs actuelles ?

Quelques pistes sous forme de question :
- quelles sont les valeurs les plus importantes à mes yeux ?
- quelles sont les derniers événements qui m’ont mis(e) en colère ? Quelle valeur était en jeu à chaque fois ?
Une fois que j’ai listé mes valeurs clés :
- pour chaque valeur, comment est-elle satisfaite dans le cadre de mon quotidien professionnel ?
- et sur l’ensemble de mon système de valeurs, quel est le bilan ?

Là encore, le coaching est un accompagnement précieux pour éclairer et accompagner l’éventuel choix de changer.

>> Lire : Dirigeant, qu’avez-vous fait de vos valeurs ?
etLes valeurs dans les niveaux logiques

Action !

Revenons à ce matin où vous n’avez pas envie d’aller manager.
Que pouvez-vous faire de rapide et d’utile sans prendre le temps du bilan présenté plus haut ?

Deux questions clés :

De quoi ai-je besoin ? De quoi ai-je envie ?
Pour cette journée, ou pour la suite.

Avant d’y répondre, évacuez toute pression extérieure (« il faut que », « je dois », » je ne peux pas me permettre de » etc.),
et toute pression intérieure comme celle des drivers ou injonctions intériorisées.

>> Lire : Chacun son driver

En quoi puis-je vous être utile ?

Le coaching apporte un éclairage sur nos motivations profondes, nos valeurs et nos besoins ; il favorise la sortie d’une situation de blocage. Si vous n’avez plus envie de manager et voulez faire le point pour sortir de l’impasse, pensez au coaching !

3 comments

  1. Elisabeth VIEYRA (@EVizeo)

    Excellent article… Merci.

    1. Karine

      Merci beaucoup Elisabeth !

  2. DEBBARH

    Article très intéressant, aide à connaître les motifs d’insatisfaction des encadrants qui sont en difficultés. Merci.

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