«

»

Leadership Chef de file : exemplaire, exigeant… épuisant?

Suite de notre revue des différents styles de Leadership, d’après la typologie de Daniel Goleman, aujourd’hui c’est le tour du Leadership Chef de file (ou « Pacesetter »). Un style exigeant qui vise l’excellence pour lui-même comme pour les autres. Chef de file ou lièvre comme dans les courses à pied, ce leader donne le rythme et montre l’exemple de la performance. Tout irait bien s’il ne s’attendait à être absolument suivi !

Prêt à courir pour suivre le Chef de file ? C’est parti…

L’histoire : Renaud dirige EXCELLUM, une PME de 80 personnes. C’est la troisième société qu’il crée et gère seul. Diriger, pour lui, c’est avant tout montrer l’exemple ; il est le premier à s’y coller pour prouver qu’une tâche n’est pas si difficile. Renaud est inépuisable, il réussit tout ce qu’il fait et a du mal à comprendre que tout le monde ne soit pas aussi efficace ou motivé que lui ! Renaud est le type de leader Chef de file.

Exemplarité : un leader par l’exemple

La grande force d’un Chef de file ou Pacesetter, c’est sa propre recherche d’excellence. Non seulement il est bon, mais il s’améliore chaque jour ! Encore mieux : le leader Pacesetter est souvent compétent dans tous les domaines.

Un exemple connu de Leader Chef de file, c’est Franck Cammas, vainqueur de la Route du Rhum 2010 sur Groupama 3. Avant cet exploit il a remporté de nombreuses courses de voile mais aussi… excellé dans ses études, excellé en musique, en natation, en ski ! Voici quelques lignes éloquentes, tirées son site web :

« Barrer un trimaran de 90 pieds au sein de l’équipe américaine pour la Coupe de l’America, s’imposer dès sa première saison en catamaran de sport de 18 pieds, s’attaquer à quatre records en une saison et les améliorer franchement, s’essayer sur des circuits en émergence comme celui des X-Trems 40 en Europe ou celui des Décisions 35 sur le lac Léman : qui aurait imaginé que cet Aixois féru de mathématiques, de violon, de piano, de natation et de ski, allait marquer de son empreinte le cercle fermé des navigateurs au long cours ? » – source : cammas-groupama.com

Un autre exemple cité ici et là, c’est celui du chef d’orchestre italien Arturo Toscanini (1867-1957). Il aurait un jour, alors qu’il dirigeait un orchestre, décidé que le trompettiste jouait mal sa partie, et lui aurait pris la trompette des mains pour jouer à sa place. Dans la foulée il aurait fait de même avec un violoniste, et les musiciens auraient alors réalisé qu’il les surpassait sur tous les plans.
Citation de Toscanini : « l’homme a besoin de tant et tant de chefs-d’œuvre pour se nourrir l’esprit qu’il n’a que faire de médiocrité. » C’est dit !

Notre dirigeant Renaud, c’est un peu (à son échelle) le Franck Cammas ou le Toscanini de l’entreprise. Il fait mieux que chacun dans son propre domaine.

En avant-vente, Renaud obtient de meilleurs résultats que son directeur commercial ; il apporte des idées innovantes à l’équipe R&D, et trouve d’excellentes idées de graphisme qu’il partage avec son directeur artistique.

Impressionnant, il impose le respect et tire chacun vers le haut.

Seulement… a-t-on l’envie de le suivre ?

Exigence : pas de repêchage

C’est le problème de ce style de leadership. Non seulement il excelle lui-même mais il attend la même excellence de ses équipes. C’est, disons, sa norme ! Un leader Locomotive qui ne cherche pas à raccrocher les wagons perdus en route.

L’exigence d’un Chef de file comme Renaud est perceptible dans son discours.

Les phrases préférées de Renaud :
Je suis déçu, j’attendais plus de vous
J’ai testé le produit de mon côté hier soir, voici les erreurs que j’ai relevées
S’il est incompétent, autant nous en séparer
As-tu l’impression qu’il est efficace dans son travail ?
Comment cela peut-il vous prendre autant de temps ?!
ça ne doit pas être compliqué, faites voir…
Ton travail n’est pas mal, mais il faut continuer !

Deux possibilités :
- Soit le collaborateur est à la hauteur de cette exigence et motivé, et il suit son leader avec entrain
- Soit il ne se sent pas (ou plus) capable de suivre et il risque de se décourager

Côté intelligence émotionnelle, le Leader Pacesetter utilise principalement Performance et Initiative (voir l’article sur les qualités de leader). Ce sont des compétences individuelles et non relationnelles. Voilà bien ce qui manque parfois au Leader Chef de file : la faculté de créer du lien et emmener ses collaborateurs avec lui.

Renaud ne prend pas le temps de féliciter son équipe quand elle a fait du bon travail, il est déjà passé au projet suivant ; à l’inverse quand il n’est pas satisfait ou que le travail est trop lent il peut reprendre la main (et faire mieux!). Ces deux aspects combinés peuvent entamer l’estime de soi des collaborateurs.

Le leader Chef de file a un côté inaccessible, et ne comptez pas sur lui pour descendre la barre, c’est pourquoi il perd du monde en route : une partie des équipes déclare forfait, ou est licenciée – les leaders Chefs de file sont les plus prompts à se séparer d’un collaborateur pas assez performant à leurs yeux.

Epuisant… une machine !

En plus d’être démoralisant par son excellence et son exigence, un Leader Chef de file comme Renaud vous impose un rythme d’enfer qui peut mener au burn-out.
Vous avez déjà fait un jogging avec un ami triathlète ? Ce n’est rien à côté d’une journée de travail avec Renaud.

Renaud sollicite son équipe très souvent avec des demandes qui ne peuvent jamais attendre. En prime, ses instructions ne sont pas toujours claires car il ne se met pas au niveau de ses équipes ; il ne prend pas le temps d’expliquer, même à ceux qui voudraient comprendre.
Résultat : c’est « marche ou meurs ! »

Son équipe dit souvent de Renaud « c’est une machine ! » Il va vite, il a trop d’énergie et de facilité, il sature ses collaborateurs d’informations.

Ce leader joue-t-il finalement la carte de la sélection naturelle, où seuls les meilleurs survivent ? Un fort turn-over est à prévoir dans son équipe.

Idéal avec une Dream Team

Quand l’équipe est très motivée et déjà compétente, le leadership Chef de file est un style efficace et qui donne des résultats rapides. L’équipe est entraînée vers une plus grande performance, dans le sillage de ce leader qu’elle estime. A contrario, elle ne suivrait pas facilement un Leader Directif qui lui dicterait ses tâches !
Réciproquement, le leader Chef de file donne le meilleur de lui-même avec une Dream Team, puisqu’il n’est pas confronté à l’incompétence (source chez lui de contrariété, agacement, surcroît de travail et décisions expéditives de licenciement!)

Quand Renaud a mis en place sa nouvelle organisation, ses 4 managers étaient très motivés. Chacun connaissait son job et savait ce qu’il avait à faire pour réorganiser son équipe ; de plus tous étaient enthousiastes à l’idée d’une organisation plus structurée de l’entreprise. Résultat : le projet s’est mis en place rapidement, chaque manager a structuré sans difficulté le travail de son équipe pour s’adapter au nouveau fonctionnement.

Avec une Dream Team – une équipe déjà opérationnelle et motivée – le leader Chef de file peut se reposer (un peu !) et laisser une plus grande marge de manoeuvre à ses collaborateurs.

Equilibrer son style Chef de file

Le style de Leadership Chef de file est comme le Directif à utiliser avec modération, sous certaines conditions comme nous venons de le voir.

Par exemple Renaud peut être en mode Chef de file avec ses 4 managers, qui suivent aisément cette locomotive. En revanche il a peut-être intérêt à passer en mode plus Directif avec la comptable qui ne lui fournit pas les documents au format qu’il souhaite.

Comme tous les styles de leadership, ce style s’équilibre en le combinant aux autres. En l’occurrence le Chef de file s’équilibre avec les styles Visionnaire (qui transmet la passion) et Affiliatif (créateur de cohésion).

Contrairement au leader Directif, le Chef de file est souvent apprécié grâce à l’admiration qu’il suscite. Cependant comme les autres Leaders il gagne à asseoir son leadership sur une cohérence intérieure : quand ses actes, paroles et émotions sont alignés, le leader Chef de File gagne en charisme (lire l’article sur le charisme).

L’écueil du Leader Chef de file comme Renaud, c’est le perfectionnisme et l’emballement de la « locomotive ». Soit il s’entoure des meilleurs équipiers du monde, soit il risque de voir ses attentes déçues… à moins qu’il ne revienne à des attentes plus réalistes.

Conclusion

Exemplaire, exigeant et souvent épuisant, le Leader Chef de file ou Pacesetter, encore appelé Lièvre ou Locomotive obtient des résultats très rapides avec une équipe capable de le suivre. Son style s’avère en revanche inadapté sur le long terme et avec des équipes qui ont besoin de monter en compétences. Côté climat, seuls ceux qui suivent la cadence gardent leur motivation ; les autres se découragent ou sont remerciés. Comme le style Directif, le style Chef de file est à utiliser avec parcimonie et en combinaison avec d’autres styles de leadership qui l’équilibre.

La semaine prochaine, prenons de la hauteur avec le leader Visionnaire !

D’après les travaux de Daniel Goleman’s “Leadership That Gets Results” (Harvard Business Review, March-April 2000)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.