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Leadership Directif : à la loupe et à la baguette

par J.harwood sur FlickrAprès une revue des différents styles de Leadership voici un focus sur le premier, le Leadership Directif. Un style efficace pour sortir d’une crise mais à manier avec précaution pour ne pas démotiver les équipes. L’abus d’autorité nuit à l’engagement des collaborateurs !

Observons le Leader Directif en action…

François dirige ANALYSIS, une PME dans laquelle il est le principal décisionnaire. Son associé le suit avec beaucoup de souplesse et se contente de lui donner son avis quand il le juge nécessaire. La première année d’exercice, François était le patron de 7 personnes et avait une vision précise de leur travail quotidien ; aujourd’hui avec un effectif passé à 120 personnes, il continue à scruter les moindres détails de son entreprise. Un vrai roi du monitoring !

A la loupe : les moindres détails

Ainsi quand François discute avec ses différents managers, il leur pose mille questions et attend d’eux un reporting précis :

     

  • L’équipe de production a-t-elle résolu ce problème de stabilité sur le produit X ?
    La solution trouvée la semaine dernière a-t-elle fonctionné, finalement ?
  • Le graphiste du projet Y prend-il ses vacances comme prévu malgré le retard sur le projet ?
    Lui a-t-on demandé s’il pouvait les décaler ?
  • Peut-on lui fournir un tableau récapitulatif de tous les projets en cours avec pour chacun le détail du temps passé et la marge brute ?
  • Et un tableau détaillé de toutes les actions commerciales en cours ?

Vous imaginez bien que François passe beaucoup de temps à collecter puis analyser ces informations pléthoriques - qui ne remontent pas toujours toutes seules via les managers ! Plus François est inquiet, plus il demande de détails. C’est un dirigeant, et pourtant il donne dans le micromanagement, exercice qui semble plus adapté aux managers intermédiaires. Etre au courant de tout dans les moindres détails exige une grande capacité d’absorption et du temps.
François a-t-il besoin de ce reporting constant et précis pour se rassurer ? Pour sentir qu’il a le contrôle de son entreprise ? Pour asseoir son pouvoir ? Nul ne le sait. En revanche ce que nous savons, c’est qu’il donne des ordres.

A la baguette : c’est un ordre !

Le leader Directif ayant le souci du détail, il dirige dans le même esprit. Il ne se contente pas de donner une idée générale – « big picture », en anglais – de ce qu’il attend.
Par exemple au lieu de dire :

« Faites-moi une synthèse des projets en cours pour que j’aie une vision globale »

François donnera des instructions très précises qui ôtent au manager concerné toute marge de manoeuvre :

« Faites-moi une synthèse précise des projets en cours, vous me faites un tableau excel avec les colonnes suivantes : date de début de projet, date de fin, nom du client, nom du projet, budget, marge brute, nom du chef de projet… etc.  Et vous me l’envoyez avant demain, merci. »

Et le tout est exprimé à l’impératif, marque de fabrique des Leaders Directifs. Nous ne sommes pas dans le monde du « pourriez-vous, s’il vous plait? » Les consignes sont des ordres, pour le Leader « bossy ».

Les phrases préférées de François :

Faites ce que je vous dis !
Ce n’est pas ce que j’ai demandé !
Vous avez entendu ce que je vous dis ?
Vous m’écoutez ?
C’est clair pour vous ? Ok ?
Est-ce que j’ai été clair ? (fâché)
Recommencez ce travail
Ne discutez pas
Vous avez deux jours pour…
Voici ce que vous allez faire…
Vous allez faire ceci, puis cela et vous me tenez au courant.

Les phrases de François sont souvent courtes, assertives, souvent impératives, généralement sans hésitation.

Conséquence de ce mode : le leader Directif ne responsabilise pas ses collaborateurs. Il donne l’impression qu’il ne fait pas confiance ; entre les lignes on a le sentiment d’entendre « puisque vous n’êtes pas capable de faire du bon travail je vais vous donner des tâches tellement précises que vous ne pourrez pas faire d’erreur ». Voilà qui ne favorise pas la motivation intrinsèque des équipes ! Surtout chez ceux qui aiment proposer leur créativité, leur autonomie et leurs initiatives à l’entreprise.
Le style Directif  se montre d’ailleurs inopérant dans les entreprises qui recherchent une forte créativité et s’appuient sur l’intelligence collective.

Parfois François s’étonne de ne pas être obéi. Antoine, qui dirige l’équipe commerciale, se fait prier pour envoyer ses rapports et oublie toujours une partie des éléments. C’est ce qui s’appelle la résistance passive (lire l’article sur le sujet) : sans entrer en conflit, Antoine manifeste son désaccord face à cette demande permanente de reporting. C’est l’un des risques qu’encourt François à exiger autant de rapports et de détails.

En revanche le Leadership Directif s’avère pertinent en cas de crise.

Le capitaine dans la tempête

Quand il faut agir vite et bien pour redresser son bateau (réparer une erreur, opérer un changement de cap), le leadership Directif est un style efficace.

Un exemple :

Joanne, chef de projet sur le programme Lambda, a commis une bourde avec son client. Elle a évoqué avec ce client un futur projet concurrent, pour lequel ANALYSIS répondrait à un appel d’offres… alors que François avait toujours dit à ce client qu’ANALYSIS ne travaillerait pas avec la concurrence ! Cette gaffe risque de faire perdre à l’entreprise, ce client précieux.

François, qui est informé (puisqu’il suit tout, vous suivez ?), intervient.
Au lieu de dire par exemple à Antoine, Directeur commercial,

« Rattrapez-moi la situation avec ce client, il n’est pas question que nous le perdions »,

il prend la situation en main et lui donne ses instructions précises :

« Appelez ce client, excusez-vous pour l’erreur commise par la chef de projet, dites-lui que dès demain nous lui donnerons un autre interlocuteur opérationnel et que vous veillerez personnellement à la bonne marche du projet. Et tenez-moi au courant de sa réponse. »

Antoine peut bien suggérer une autre solution, au risque que François agacé décide de passer le coup de fil lui-même ! On ne discute pas, exécution !

Autre situation dans laquelle le style Directif s’impose par son efficacité : quand un collaborateur prend des initiatives désastreuses ou s’écarte du cap fixé par la direction.

Equilibrer son style Directif

Le Leader Directif est admiré pour sa faculté à prendre en main des situations difficiles, son initiative et sa capacité à mener tout son petit monde. En un mot : ses qualités de leader, de meneur.

Il l’est d’autant mieux que son autorité est naturelle et congruente : si ses actes, paroles et émotions sont alignés, le leader Directif montre un certain charisme (lire l’article sur le charisme).

Si en revanche il exerce le pouvoir en masquant ses propres faiblesses (comme une estime de soi fragile) et en cherchant à les compenser par un contrôle constant sur ses collaborateurs, il perdra en leadership naturel. Son leadership sera forcé, artificiel.

Dans les deux cas – leader bien dans sa peau et leader plus fragile - l’excès de style Directif nuit au climat de l’entreprise et parfois à sa productivité (en cas de résistance passive).

Pour un leadership équilibré, le Bossy Boss dispose de quelques garde-fous, identifiés par Daniel Goleman :

  • La conscience de lui-même : être conscient de ses réactions, comportements, du ton de sa voix etc.
  • La gestion de ses émotions : comprendre et gérer ses propres peurs, colères, son stress. Un leader Directif irascible, c’est un peu le patron dont personne ne veut !
  • L’empathie : pour se rapprocher des collaborateurs, créer du lien pour être mieux suivi

Ce qui donne plus de puissance à son style de leadership, c’est l’équilibre. Pour cela le leader Directif gagne à combiner son style avec deux autres en particulier, le style Visionnaire et le style Participatif.
Le style Visionnaire redonne du sens et rassemble autour d’une vision dont le micromanagement directif  privait les équipes.
Le style Participatif favorise l’engagement de chacun et le responsabilise.

Conclusion

Le leader Directif ou Bossy Boss est un style efficace dans les situations de crise ou quand il s’agit de « serrer la vis » à certains collaborateurs. En revanche si vous recherchez la créativité et l’intelligence collective, ce style n’est généralement pas adapté. L’excès de style Directif s’avère démotivant et peut générer une résistance passive. Ce style gagne en puissance s’il est combiné aux styles Visionnaire et Participatif, et en charisme et équilibre si le leader développe son intelligence émotionnelle et en particulier les parties Consience de soi, Gestion de ses émotions et Empathie.

La semaine prochaine, découvrons le Leader Chef de file (Pacesetter) !

D’après : Daniel Goleman’s “Leadership That Gets Results” (Harvard Business Review, March-April 2000)

2 commentaires

  1. Florence Vidal a dit :

    Bonjour Karine,

    Je découvre votre site avec grand plaisir. Quelle source d’enrichissement personnel ! Merci pour cela. Je m’étonne au demeurant dans votre commentaire de l’usage du terme « assertif » dans la phrase : « les phrases de François sont souvent courtes, assertives, souvent impératives, .. » Pouvez vous m’éclairer sur ce point ? Merci d’avance

    1. Karine a dit :

      Merci Florence de ce retour enthousiaste !
      J’emploie assertif dans le sens anglais (assertive) d’affirmer et s’affirmer.
      Le mot n’est pas dans le dictionnaire, mais comme les formations sur l’assertivité sont légion dans notre pays je me dis que le mot passe dans le langage commun.

      Dans l’exemple, François s’exprime en s’affirmant fortement, il sait ce qu’il veut et comment le demander à ses collaborateurs.
      Il est vrai que d’assertif il peut passer à agressif s’il n’est pas entendu. Tout l’art de l’affirmation de soi reposant sur l’équilibre suivant : je me respecte et je respecte l’autre, je suis Ok et l’autre est Ok aussi.

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