«

Le coup du sac plastique

v_baluchon_sortie_2Mon père nous a souvent dit, à mes frères et moi, qu’il fallait être toujours prêt à partir d’un job, à tout moment, avec toutes ses affaires dans un sac plastique. Si aujourd’hui le sac serait plutôt en tissu pour préserver Mère Nature, je souscris au principe consistant à accepter d’avance la possibilité d’un départ précipité et qui laisse parfois beaucoup derrière soi. Extrême… ou bien sage manière d’ouvrir ses choix ? Car dans quel piège entrons-nous quand l’idée de la rupture n’est même pas une option envisageable ?

“J’y suis j’y reste”

Peut-être avez-vous déjà vécu cette expérience, dans un job, une mission, ou une relation professionnelle. Vous ressentez de la fatigue, de l’usure, de la frustration peut-être. Vous tentez de modifier les choses pour retrouver un équilibre, sans y parvenir, ou insuffisamment. Puis vous renoncez à changer les choses, et vous vous adaptez. Chacun peut osciller ainsi pendant des mois, des années, gardant bon an mal an un équilibre : le connu même difficile est parfois préférable à l’inconnu et dès lors, partir ne fait pas partie des options envisagées.

Une jeune femme que j’accompagnais, tenait bon dans un métier qui ne lui plaisait plus, avec des horaires prolongés, d’épuisants trajets quotidiens et 2 enfants en bas âge à la maison. Son métier, valorisant, reflétait sa réussite, durement acquise, alors elle s’accrochait… et souffrait. Mais un coach peut-il, et doit-il, accompagner quelqu’un à insister dans ce qui lui fait plus mal ? Notre mission est a minima, quand une personne est en souffrance, d’explorer avec elle toutes les options qui sont les siennes. TOUTES les options. Ainsi question après question, ouvrant le champ des possibles, nous avancions elle et moi vers des portes soigneusement évitées : et si, imaginons juste pour l’exercice, elle quittait ce job ? “Ah non, jamais, je ne peux pas”. Qu’est-ce qui l’en empêchait ? Elle y avait beaucoup investi, personne ne la comprendrait de renoncer à un poste de rêve, et puis que savait-elle faire d’autre de toute façon ?

Paradoxalement, le poste auquel cette femme tenait tellement, qui semblait son trésor, prenait des allures de prison. Dorée certes, mais avec des barreaux. Constatant sa propre résistance à envisager de partir, elle comprit qu’elle était avait elle-même mis le verrou.

Ainsi découvrons-nous à quel point nous sommes coincés dans un choix passé juste en vérifiant si la porte vers l’extérieur s’ouvre encore, voire, si nous sommes capables d’essayer de l’ouvrir.

L’option qui fâche

Bien sûr, il est naturel de ne pas remettre en cause tous les matins son engagement ou ses choix. Comment remettre en jeu un élément aussi structurant, aussi quotidien, vital, qu’un job (qu’on aime, qu’on a choisi, qui nous valorise…) ?
Nous y sommes, nous y restons, nous avons des raisons de continuer le chemin. Mais quand le prix à payer devient élevé ET que nous restons quand même,
si alors l’option “Partir” n’apparaît même pas dans la liste des choix proposés,
“A – S’adapter à ce que je ne peux pas changer
B – Changer ce sur quoi j’ai une influence
C – voir options A et B”,

peut-être gagnons-nous alors à nous interroger :

  • Que me coûte l’absence de cette option au tableau ?
  • Qu’est-ce qu’elle m’amène à faire ?
  • De quoi me prive-t-elle ?
  • Et quelles peuvent être les conséquences à long terme, si je continue ainsi ?

Si les réponses sont acceptables, alors tout va bien. Peut-être qu’au contraire, elles révèlent une urgence à trouver un plan B.

Je pense à ces personnes effondrées, licenciées après 30 ou 40 ans de bons et loyaux services, qui n’avaient pas vu venir que Quichelin ou Poulinex délocaliseraient un jour et pas prévu, donc, de plan de secours.

Et l’on peut s’interroger : vaut-il mieux anticiper son plan B ou le construire au moment où il devient nécessaire ? Comme chacun sait, rien n’est acquis, que tout n’est qu’impermanence : et donc, les deux réponses se valent ;) Le plan B sera forcément nécessaire un jour, et il est probable qu’il ne soit pas celui qu’on aurait pu prévoir à l’avance.

Le plan B

Le plan B, c’est souvent le plan de second choix, le plan de “back-up” si le plan principal ne marche pas ou plus. Une sorte d’itinéraire bis, moins attractif que la route principale. Parfois, on le prévoit d’avance (tactique de repli pour les plus prévoyants), parfois, on l’invente quand de toute évidence le plan A est en train, floc, floc, de prendre l’eau.

Par exemple :

Pour Luka, chef de projet web qui vise un poste de manager et vient de s’entendre dire en entretien annuel que ce n’était pas encore pour cette année, le plan B sera de se mettre en veille active sur des postes qui l’intéresse, s’il n’évolue pas d’ici un an dans l’agence de communication qui l’emploie.

A ce sujet, lire cet autre article : Espoir et adaptation 1 – Spero et Godot

Pour Catherine, en charge du développement des nouveaux supports dans un groupe audiovisuel et frustrée par “l’inertie de la grosse machine” comme elle le dit, le plan B c’est de se lancer comme consultante à son compte si ses efforts pour promouvoir de nouveaux outils digitaux, n’ont toujours pas payé d’ici la fin de l’année.
Pour Fred, qui ne supporte pas le style très directif de sa nouvelle manager, ce sera de demander une mobilité interne s’il voit d’ici dans quelques mois qu’elle reste à ce poste et lui laisse toujours aussi peu d’autonomie.

Le “coup du sac plastique”, c’est avoir un plan B toujours en poche. Même lointain, même imprécis, le début d’une idée nous aide à rester mobile. Quoi qu’il arrive, je saurai rebondir, puisque la fin de ce que je vis aujourd’hui fait partie des possibles, des envisagés.

Une manière d’ouvrir portes et fenêtres régulièrement pour éviter qu’elles ne se grippent (à faire surtout quand on se sent à l’étroit, frustré, ou infoncortable d’une manière ou d’une autre dans son poste), est de se demander :

Est-il envisageable pour moi d’imaginer arrêter cette mission, ce job, ou de partir ?
Quel serait le prix à payer à continuer, et le prix à payer à arrêter / partir ?

On pourrait parler de mode de vie nomade, questionner l’attachement au matériel et au statut, philosopher sur l’impermanence et notre tendance à lutter contre…
Ce serait un autre débat, passionnant pour un prochain article ou à ouvrir en commentaires de celui-ci ;)

Plus simplement, et sous l’angle du pragmatisme :

Quand vous pensez à votre job, pouvez-vous imaginer que demain en signe la fin ?

S’il est absolument impossible d’imaginer faire autrement, si vous vous dites « ah non, tout sauf perdre ce que j’ai là », rester est-il vraiment un choix ?
Si à l’inverse vous avez le fameux sac dans le tiroir et savez quoi faire le jour où il faudra le remplir, mais que vous restez pour le moment, c’est sans doute que vous êtes libre. Dedans, mais libre.

C’est à vous !

Exprimez-vous en commentaires, vos échos, partages et questions enrichissent le débat ;)

 

2 comments

  1. Vincent

    Il est même bon d’envisager un plan C. Ainsi, si le plan B, vécu comme une issue salvatrice, se révèlerait être finalement une impasse, il faudra pouvoir réagir sans avoir le sentiment du piège qui se referme ou de l’urgence absolue. Le plan C, c’est l’option de sortie qui permet de ne pas s’accrocher désespément a un plan B qui ne fonctionne pas.

    1. admin

      Eh oui, laisser au plan B la même souplesse qu’au plan A : en faire une option parmi d’autres (et cela suppose qu’il y ait un C). Parfois ce plan C apparaît au moment du plan B, c’est-à-dire que le changement appelle le changement. Toute l’idée est, comme vous le dites, de se donner les moyens de ne pas « s’accrocher désespérément » quand cela ne fonctionne pas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.