Il y a probablement un avant et un après, dans l’apprentissage du coaching. Avant, on pense accompagner vers l’objectif contre vents et marées, prêt(e) à soutenir le coaché quoiqu’il arrive. Après, on connaît l’existence et le sens des résistances, et l’accompagnement n’est plus jamais comme avant : au lieu de vaincre les résistances, on a appris qu’il fallait parfois faire avec. Alors une résistance, qu’est-ce que c’est au juste ? A quoi servent ces « résistances » à changer ?
Une résistance, non pas mécanique mais psychologique, c’est la manifestation d’une opposition intérieure à ce qui se présente, par exemple à un changement.
Ex : vous cherchez à améliorer votre manière de vous présenter aux autres. Vous travaillez sur vous-même, mettez en place de nouveaux comportements, puis en pleine progression tout à coup vous êtes freiné(e) et avez envie de laisser tomber pour revenir à votre ancien fonctionnement.
Quelque chose en nous, parfois, résiste. Pour le pire… ou pour le meilleur ?
Au départ, je croyais qu’un coach doit rester centré sur l’objectif de son client et ne jamais en déroger une fois cet objectif validé ensemble (avec la vérification des critères SMARTE : Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste, défini dans le Temps, et Ecologique).
Fidèle à ce principe j’ai accompagné mes premiers coachés vers leur objectif, et je considérais les résistances comme des obstacles à franchir. Jusqu’au jour où j’ai compris à quoi servaient les résistances.
Un exemple :
Cet exemple illustre une première fonction de la résistance que j’ai pu identifier lors de coachings : l’intégrité, le fait de rester fidèle à ce que l’on est vraiment.
Intégrité, rester fidèle à soi-même
Le coaching pourrait s’inspirer de la citation de Nietzsche dans Le Gai Savoir :
Tu dois devenir l’homme que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même.
Car le coaching aide à changer oui, mais pas pour devenir vraiment quelqu’un d’autre. Or il est parfois tentant de vouloir changer pour devenir un autre : un grand orateur alors qu’on est réservé, un dirigeant autoritaire alors qu’on aime la collaboration en souplesse, un commercial chasseur alors qu’on aime profondément l’élevage tranquille.
Notre système semble bien fait : lorsque nous nous éloignons trop de notre « ADN », des résistances se manifestent sous forme de freins, de sabotage sur la ligne du changement. La prise en compte de ces résistances permet au coach et au client, de rester tous deux dans ce qui est juste pour ce dernier.
Bien sûr, le coach est là pour aider son client à repousser les limites de sa zone de confort, à aller explorer de nouvelles voies, mais cela ne fonctionne que si l’intégrité du client est respectée : ses besoins, ses valeurs, son identité, le sens qu’il donne aux choses, son projet de vie etc. Dans le cas contraire des résistances peuvent se manifestent, comme des garde-fous.
> Lire Dirigeant, qu’avez-vous fait de vos valeurs ?
> Lire Niveaux logiques de la conscience : de l’action au sens
Sécurité et écologie
Au-delà du respect de soi, la sécurité et le confort sont des besoins légitimes qui peuvent (devraient?) influencer l’évolution du coaching. Une trop grande prise de risque peut entraîner une soudaine retraite, avec un effet d’élastique.
Un exemple :
Une tentation liée au coaching – et que certains coachs suscitent ! – c’est d’aller loin, bien plus loin qu’on aurait osé aller seul. Trop loin ? Je me souviens être tombée sur un site de coaching qui proposait « d’exploser ses limites »… mais bien sûr !
Certes le dépassement des peurs et l’autorisation puissante à oser être ce que l’on veut être, sont des apports essentiels du coaching… à ceci près qu’il n’est pas question d’amener le client à se mettre en danger (financièrement, moralement, physiquement etc.)
A cet endroit, ce que nous appelons résistances s’avère en réalité un garde-fou bien pratique car presque automatique : dès que le processus de changement va trop loin, le client finit souvent par revenir de lui-même dans une zone écologique pour lui.
Le coach lui, serait bien en peine de tracer ces limites : elles sont propres à chacun de nous. Même si le dénominateur commun de certains besoins humains, nous permet de nous faire une idée de ce qui est écologique ou non pour notre client.
Sécurité, écologie, le vivant est bien fait et s’auto-protège, qu’il s’agisse d’ailleurs de l’individu pour lui-même ou des résistances du système plus large (équipe, famille, entreprise…) L’approche systémique permet de comprendre pourquoi un changement n’aboutit pas alors que celui qui veut changer met tout en place pour l’accomplir.
> Lire Coaching : in vivo veritas
Tout l’art du coach est d’accompagner dans la prise de conscience de ce qui est juste pour soi, dans l’ouverture des possibles et le dépassement de soi tout en restant dans une démarche écologique.
Questions de coach :
Vous avez essayé de mettre en place un changement et vous êtes revenu(e) en arrière :
- Quelle part de vous-même vous a fait revenir et que voulait-elle préserver ou faire respecter ?
- Comment le même changement pourrait-il être plus écologique pour vous ?
Prolonger :
> Courbe du changement et résistance au changement (ou courbe du deuil)
> Zone de confort professionnelle & changement
> Paradoxe : ne changez rien !
> Entêtement et paradoxe

Courbe du changement et résistance au changement (ou courbe du deuil)
Management, désengagement et résistance passive
Parler en public : 4 voiX pour se libérer sa peur
